#JMLP 2018 Discours d'Anthony Bellanger, 3 mai 2018

Aujourd’hui, nous célébrons la liberté de la presse mais nous déplorons 33 meurtres depuis le 1er janvier 2018, et rien que 10 il y a 3 jours en Afghanistan, dans ce qui est, pour la profession, l’un des plus gros carnages de son histoire.

Jeudi 3 mai 2018 - Hôtel de ville - Paris -

M. le Maire adjoint de Paris

Mes chers camarades et amis du SNJ, SNJ-CGT et CFDT Journalistes

Chers collègues de Syrie, Ali Eid et Sakher Edris; Beraat Gokkus de Turquie, Farid Bouhata d’Algérie, 

Mais aussi Fabrice Arfi, Laurent Richard...

Aujourd’hui, nous célébrons la 25e Journée mondiale de la Liberté de la presse ici à Paris, sur cette magnifique place de l’Hôtel de ville. Mais cette année encore, la famille des médias pleure ses morts, les journalistes comptent les meurtres dans toutes les régions du monde.

Aujourd’hui, nous célébrons la liberté de la presse mais nous déplorons 33 meurtres depuis le 1er janvier 2018, et rien que 10 il y a 3 jours en Afghanistan, dans ce qui est, pour la profession, l’un des plus gros carnages de son histoire.

Selon le décompte de la FIJ qui a commencé en 1990, 2480 journalistes ont été tués dans le monde en 28 ans. C’est intolérable. C’est inadmissible.

Je n’oublie pas non plus les assassinats de nos 3 confrères il y a quelques jours à la frontière colombienne et équatorienne; Celui de Edmund Sestoso, mardi aux Philippines. Il est mort des suites de ses blessures alors qu’on lui a tiré dessus lundi. Je l’ai appris la nuit dernière.

Je n’oublie pas non plus les meurtres des trois journalistes au Yémen, dont la guerre est oubliée par la majorité des pays occidentaux;

Je pense aussi aux deux collègues palestiniens assassinés par les forces armées israéliennes en avril;

Je n’oublie pas les deux Indiens, les deux Guatémaltèques et tous les autres, qui laissent derrière eux des familles, des femmes, des maris, des enfants.

Et je ne peux pas ne pas évoquer la mémoire de Jan Kuciak, assassiné avec sa petite amie en Slovaquie le 21 février dernier, 5 mois après celui de la journaliste d’investigation, Daphné Caruana Galizia à Malte (16 octobre). Aujourd’hui, les trois fils de Daphné font vivre la flamme de leur mère avec une dignité remarquable. Je les ai reçus à Bruxelles, il y a quelques semaines, dans nos bureaux de la FIJ.

AVANT DE POURSUIVRE, JE VOUS DEMANDE QUELQUES INSTANTS DE RECUEILLEMENT, EN LEUR MÉMOIRE À TOUS.

Aujourd’hui, nous célébrons la liberté de la presse, mais nous déplorons toujours l’emprisonnement de 151 journalistes en Turquie, qui est de loin la plus grande prison du monde pour les journalistes; Je n’oublie pas tous ceux qui sont derrière les barreaux en Chine, en Egypte, en Azerbaïdjan, en Iran, en Ouzbékistan, en Ouganda, en République Démocratique du Congo, en Érythrée, en Arabie Saoudite, en Palestine ou en Russie, en Syrie...

Aujourd’hui, nous célébrons la liberté de la presse, mais nous constatons toujours et encore plus de violence au Mexique, en Colombie, en Equateur, au Vénézuela; au Cameroun, en Somalie, en Algérie, en Irak.

Nous dénonçons aussi le harcèlement insoutenable dont sont victimes les femmes journalistes au Népal, en Inde, au Pakistan, au Barhein, au Vietnam, au Bangladesh, en Mauritanie. Selon une étude de la FIJ, une femme journaliste sur deux est victime de violence sur son lieu de travail, y compris ici, en France.

Face à ces graves atteintes visant la presse, la FIJ, la Fédération internationale des journalistes, la plus grand organisation mondiale de la profession avec 600.000 membres, mais aussi l’organisation internationale représentative de journalistes professionnels, demande la mise en place d’un mécanisme international contraignant qui permette de punir les coupables.

La « Convention internationale sur la sécurité et l'indépendance des journalistes et autres professionnels des médias » offre les moyens d’aller de l’avant, vers l’assemble générale des Nations Unies. Cette Convention inclut l'obligation de protéger les journalistes contre les atteintes à leur vie, contre les arrestations arbitraires, contre les campagnes de violence et d’intimidation; elle inclut l'obligation de protéger les journalistes contre les disparitions forcées et les enlèvements; elle inclut l'obligation de mener des enquêtes efficaces sur les allégations d'ingérence et de traduire en justice les coupables.

Cette convention intensifiera l'examen international des attaques contre les journalistes et aidera les autorités nationales à comprendre leurs obligations internationales.

Enfin, dans le contexte d'un conflit armé, elle obligera à traiter les travailleurs et les journalistes locaux comme des civils et par conséquent comme des cibles illégitimes.

Nous ne pouvons pas célébrer la Journée mondiale de la liberté de la presse sans demander aux gouvernements du monde entier de prendre leurs responsabilités pour garantir la sécurité de nos collègues. A commencer par l’état français.

La liberté de la presse, c'est la possibilité pour les journalistes de travailler sans crainte. La population a le droit d'être informée par des médias indépendants et libres.

Cette convention internationale établit pour la première fois des normes contraignantes qui favorisent la sécurité de nos collègues dans l'exercice de leurs fonctions. Ces meurtres ne doivent plus rester impunis.

Il est temps de reconnaître que les journalistes sont exposés à des risques particuliers en raison de leur profession. Nous exhortons donc les États membres de l'ONU à adopter sans délai cette convention et à prendre un engagement concret en faveur de la liberté de la presse.

La liberté de la presse ne se négocie pas. La liberté de la presse se défend, se revendique et doit être protégée, sanctuarisée. Ce sont les missions que la FIJ et ses 600.000 membres dans le monde remplissent au quotidien, dans 146 pays du monde.

Merci de votre attention.