Manifestations des “gilets jaunes” en France: stop aux violences ciblées envers la presse

Les Fédérations internationale et européenne des journalistes (FIJ/FEJ) se joignent à leurs affiliés français, le SNJ, le SNJ-CGT et la CFDT-Journalistes, pour dénoncer fermement l’ensemble des violences commises contre des journalistes par les forces de l’ordre et les manifestants “gilets jaunes” lors des récentes manifestations qui ont eu lieu en France. Après de nouvelles actions samedi 8 décembre, les organisations de journalistes exigent la fin de ces violences et encouragent les journalistes à déposer plainte.

Un policier pointe un pistolet flash-ball pile en face du photojournaliste Alain Jocard, durant la manifestation des gilets jaunes près des Champs Elysées à Paris, le 8 décember 2018. Crédit photo : Alain JOCARD / AFP

Depuis les 18 et 19 novembre, premier week-end de mobilisation du mouvement des “gilets jaunes” en France, les témoignages de journalistes victimes de violences lors de la couverture des manifestations s’accumulent et le climat d’animosité à leur encontre se généralise. Insultés, lynchés et menacés par certains “gilets jaunes” sur les réseaux sociaux et lors des manifestations, ils sont également les cibles de jets de projectiles des manifestants lors des rassemblements.

Les syndicats français de journalistes SNJ, SNJ-CGT et CFDT-Journalistes, appuyés par la FIJ et la FEJ, ont dénoncé cette violence décomplexée et ont déposé une alerte sur la Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes du Conseil de l’Europe le 26 novembre dernier.

L’alerte rassemblait un certain nombre d'agressions signalées partout en France dont des insultes à caractère raciste, coups, crachats, ou encore menaces de mort.

Samedi 8 décembre, le degré de violence est monté d’un cran, les agressions provenant également des forces de l’ordre. Une quinzaine de photographes et reporters ont ainsi été blessés par des tirs ciblés de flash-ball, de grenades ou des balles perdues, alors qu'ils étaient clairement identifiés par leurs brassards de presse ou tenaient un appareil photo ou une caméra à la main. Dans la journée, les témoignages se sont accumulés sur les réseaux sociaux.

Deux photographes du Parisien-Aujourd’hui en France ont notamment été «touchés par des tirs de flash-ball sur les Champs-Elysées, l’un à la nuque et l’autre au genou» rapporte le quotidien.

Un journaliste de l’agence de presse audio A2PRL, photo de son hématome à l’appui, a également rapporté qu’un policier lui avait tiré dessus. Des journalistes d’Explicite  ont aussi été visés par des tirs de flash-ball.

Le Journal du dimanche a également rapporté que l’un de ses photographes a été «frappé à deux reprises par un CRS lors d’une échauffourée entre forces de l’ordre et gilets jaunes» sur les Champs-Elysées.  

Un photographe de l’AFP au Puy-en-Velay a lui “été légèrement touché au bras par un tir tendu de grenade lacrymogène alors qu’il s’avançait, absolument seul, vers un cordon des forces de l’ordre” d’après son employeur. Plusieurs photographes travaillant pour le quotidien Libération racontent des faits semblables et un journaliste de l’agence de presse Reuters a également été mis en joue à Bordeaux.

D’autres se sont vu retirer et confisquer leur matériel de protection (casques, lunettes et masques à gaz) par les forces de l’ordre, dès 8h du matin, alors qu’ils étaient en possession de leur carte de presse, parfois sous des menaces de garde à vue.

 

Le nombre important d’incidents relevés samedi a fait réagir les syndicats de journalistes français, qui ont partagé tout au long du week-end les témoignages et ont appelé les journalistes à signaler les incidents à l’Inspection générale de la Police nationale (IGPN, «police des polices »).

 

Le  SNJ, la SNJ-CGT et la CFDT Journalistes avec la section journaliste de Force Ouvrière (FO) ont réagi dans un communiqué intersyndical, publié lundi 10 décembre :

Face à cette situation inédite pour la profession, confrontée à une violence grandissante, les syndicats de journalistes demandent au gouvernement de faire toute la lumière sur ces événements, de prendre les mesures nécessaires pour qu’ils ne se reproduisent pas. Il est totalement inacceptable, dans un pays démocratique et dans un état de droit, que les pouvoirs publics ne garantissent pas la liberté d’informer.Les syndicats de journalistes demandent à être reçus en urgence par le Président de la République”.

Avec le soutien de la FIJ et de la FEJ, une autre alerte a été déposée par les syndicats sur la plateforme de signalement du Conseil de l’Europe.

Anthony Bellanger, Secrétaire général de la FIJ, a déclaré :

“ Les violences répétées à l’encontre de nos collègues français se sont amplifiées depuis le début de la mobilisation, impliquant également ce week-end les forces de l’ordre. Cette violence est intolérable : c’est une attaque directe contre la liberté de la presse et donc contre la démocratie. Nous exhortons les manifestants et les forces de l’ordre à laisser la presse faire son travail en toute sécurité afin de pouvoir informer ses concitoyens des événements qui ont lieu actuellement en France. Nous tenons à exprimer toute notre solidarité avec nos consoeurs et confrères blessés et nous les encourageons à déposer plainte”.

Nous appelons les forces de l’ordre et les manifestants à protéger les journalistes qui couvrent ces événements. Protéger les journalistes sur le terrain, c’est préserver le droit des citoyens à être pleinement informés”, a insisté Ricardo Gutiérrez, Secrétaire général de la FEJ.