#DontTroll testimonies : Julie Hainaut (France)

Julie Hainaut est une journaliste française qui travaille en freelance. Elle a été insultée, menacée de viol et de mort, pour avoir rapporté les propos choquants de propriétaires d'un bar sur l'époque coloniale. Elle raconte son combat.

Crédit photo : Julie Hainaut

"En septembre 2017, suite à un article dénonçant les propos plus que choquants de deux patrons de bar sur la colonisation, un site néo-nazi se déclarant ouvertement « le site le plus raciste de la fachosphère » a publié 3 articles sur moi avec photos volées, insultes sexistes, racistes, diffamatoires, xénophobes… illustrés de photos sur l’esclavage et de gifs d’Hitler et Goebbels. Ils me traitaient de « pute à nègre », « traîtresse à ta race », « hyène terroriste », « femme négrophile », espérant vivement que je me « fasse violer par un gabonais sidaïque » (entre autres). J’ai reçu des mails du même acabit, des menaces de mort, des gens m’ont également attendu en bas de chez moiLibération m’a proposé de raconter l’histoire dans une tribune. En mars 2018, j’ai été conviée par le club de la presse de Grenoble pour participer à une table ronde sur les discours haineux sur les réseaux sociaux et pour recevoir le prix coup de cœur du jury pour cette Tribune, dans le cadre du Prix « Journaliste et société » organisé. Le matin, j’ai reçu un mail avec les sempiternelles « sale pute à nègre, on sait qui tu es et où tu vis, tu vas passer les années à venir la peur au ventre ». Pendant cette période, j’ai peu dormi, j’avais peur, mon téléphone ne cessait de sonner. Mais j’ai continué à piger en même temps, j’avais des articles à rendre, des deadlines à tenir. Je suis freelance et je n’avais pas d’autre choix. Les violences en ligne devraient être reconnues comme un accident du travail, même si, pour les pigistes, cela sera malheureusement compliqué à mettre en place, les rédactions étant bien souvent frileuses à accepter un arrêt de travail.

J’ai eu beaucoup de soutien (SNJ,RSF…), mais j’ai aussi lu et entendu beaucoup de mots qui m’ont heurté. On m’a dit que j’aurais dû m’y attendre, que j’ai provoqué, que je l’ai fait pour le buzz. C’est le même mécanisme que de dire à une victime de viol que c’est de sa faute parce qu’elle porte une jupe. Le victim-blaming est insupportable à entendre, une victime n’est jamais responsable de son harcèlement, de son agression.

On ne sort pas indemne de ce genre de violence.Tous ces mots humiliants et violents m’ont fait peur. Contrairement à ce qu’on peut penser, ces menaces sont numériques, pas virtuelles. Elles sont réelles et ont un impact. Cet épisode a contribué à m’invisibiliser. Que ce soit dans la rue ou sur les réseaux sociaux, je n’ai pas envie d’être remarquée. Le cyberharcèlement conduit vers le musèlement, le silence. J’essaie de lutter contre ça au quotidien et j’espère y arriver définitivement, lorsque l’enquête aura abouti – j’ai déposé 4 plaintes au total – et qu’on aura retrouvé les personnes qui sont derrière le site néonazi. C’est aujourd’hui seule, avec mon avocat, et sur fonds propres, que je mène ce combat. Je suis déterminée à aller au bout."

Merci à elle d'avoir témoigné ! #DontTroll

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