Égalité salariale : « Depuis mon procès, 700 employées de la BBC ont vu leur salaire augmenter », dit Samira Ahmed

Le 24 février 2020, le Tribunal du travail de Londres a jugé que les tâches effectuées par Samira Ahmed, animatrice de l’émission Newswatch sur la BBC, étaient identiques à celles de son collègue masculin, Jeremy Vine, de l’émission "Points of View". Nous lui avons demandé quel était l’impact de cette décision historique sur l’égalité salariale au sein de la BBC un an après le jugement, et si les modes de rémunération avaient changé depuis.

Samira Ahmed

1. Qu’est‑ce qui vous a incité à porter plainte contre la BBC pour inégalité salariale ? 

Dès mon entrée au poste d’animatrice dans l’émission Newswatch en 2012, je savais que j’étais moins bien payée. J’ai d’abord essayé de résoudre calmement le problème en interne avec la BBC. En 2017, après la première diffusion publique de la liste des personnes à haut revenu à la BBC, je me suis rendue compte que l’écart salarial avec mes pairs masculins était en réalité beaucoup plus élevé. J’ai rempli un formulaire de doléances pour inégalité salariale à travers le processus interne de la BBC. D’abord de façon informelle, puis officiellement pour résoudre le problème. Je suis allée jusqu’au bout de la procédure. Cela a duré deux ans et la BBC refusait toujours d’accepter le problème. À l’époque, la date limite légale pour pouvoir réclamer les rappels de salaire des six années et six mois de travail était proche. J’ai donc porté l’affaire devant les tribunaux. 

2. N’aviez‑vous aucune crainte de représailles pour avoir porté plainte contre votre employeur ?  

La BBC avait déjà accepté de me verser un salaire rétroactif complet pour des postes d’animatrice sur deux autres émissions de radio. L’écart salarial s’étendait de 33 à 50 % pour ces postes. Pour moi, cette troisième émission, Newswatch, était juste la dernière affaire à régler. Il m’était impossible d’accepter cet écart salarial considérable. La situation était invivable. Je préférais que l’affaire devienne publique et que tout le monde sache la vérité et peu importe ce qui allait m’arriver. C’est ce qui m’a motivé. 

3. Le tribunal a jugé la BBC coupable de discrimination fondée sur le genre. La BBC a donc dû conclure un accord financier avec vous. Les systèmes de rémunération ont‑ils évolué après le jugement ? 

La BBC a commencé à modifier certaines structures de rémunération avant mon procès. Je ne peux pas parler pour les milliers de collègues des différents départements, mais j’ai remarqué que, depuis mon procès, 700 employées de la BBC ont reçu des augmentations de salaire. Toutefois, il n’est pas certain que les nouvelles structures respectent les principes d’égalité et de non‑discrimination. Elles ne sont sûrement pas transparentes. 

4. Quel rôle a joué le National Union of Journalists (NUJ) pour vous soutenir dans cette procédure ? 

Le NUJ a été mon pilier. Ils ont été tout pour moi. Sans leur aide financière et professionnelle, je ne pense pas que j’aurais pris le risque d’aller devant le Tribunal du travail. Le NUJ a confié mon dossier à Caroline Underhill, l’avocate très expérimentée de Thompsons, qui est spécialisée dans les syndicats et la discrimination. C’est elle qui m’a affirmé que j’avais une chance de gagner.  Elle m’a exprimé sa compassion. Dès lors, si elle pensait que j’allais gagner, alors moi aussi. Claire Darwin, l’avocate qui m’a représentée au tribunal, avait déjà conseillé le NUJ à propos de discrimination salariale. Je savais qu’elle était douée. Elle avait envie de remporter l’affaire, ce qui m’a donné de l’espoir. 

Le soutien permanent pendant le procès de la Secrétaire générale du NUJ, Michelle Stanistreet, a été crucial. Elle a assisté à toutes mes auditions pendant le processus de doléances interne de la BBC sur l’égalité salariale. Elle était également mon seul autre témoin pendant mon procès. Elle a pointé les discriminations perpétrées par la BBC pendant des années à l'égard des femmes.  

5. À votre retour à la BBC, avez‑vous rencontré un quelconque problème après votre victoire ? 

Non. De mon point de vue, j’ai toujours été fière de travailler à la BBC et après mon procès je me suis directement remise au travail. Le jour de la décision, j’ai pris soin de me présenter au travail sans même savoir si j’avais gagné ou non. J’ai séparé mon travail du procès. De nombreux collègues m’ont soutenue. Les agents de sécurité et les agents d’entretien comme mes collègues journalistes et éditeurs m’ont accueillie avec le sourire, m’ont serré la main et m’ont pris dans leurs bras. 

6. Tout au long de votre procédure, vous avez reçu le soutien de femmes au Royaume-Uni, mais aussi dans le monde entier. Quels sont vos conseils pour vos collègues femmes qui subissent des inégalités salariales ? 

Sur le court terme, communiquez entre vous. Demandez à vos collègues hommes et femmes quels sont leurs revenus et communiquez le vôtre en retour. Dans le passé, j’ai aidé des collègues masculins qui étaient sous‑payés. Faites appel aux valeurs morales de vos collègues masculins. Les trois hommes que j’ai sollicités pour pouvoir comparer les salaires m’ont aidée à constituer mon dossier. Je leur en suis très reconnaissante. Les hommes et les femmes sont dans le même camp. Il faut être des alliés. Cependant, il ne faut pas dépendre de l’indulgence des hommes. 

Sur le long terme, il n’y aucune autre alternative que d'adopter une loi sur la transparence salariale, comme c’est le cas au Danemark. Cela permet aussi de réduire les salaires excessifs. Les femmes les moins bien payées (et cela s’applique également aux autres groupes discriminés) font en grande partie les frais du versement de salaires très élevés à d'autres salariés. 

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