Sri Lanka : Plusieurs journalistes agressés et emprisonnés durant les manifestations à Mirihana

Le 31 mars, plusieurs journalistes ont été agressés et au moins six d’entre eux ont été placés en détention par des membres de la Special Task Force (STF), une unité de police paramilitaire d’élite sri-lankaise. Lors des faits, les journalistes couvraient une manifestation à Mirihana, Nugegoda, dans la banlieue de Colombo. La Fédération internationale des journalistes (FIJ) et ses affiliés au Sri Lanka, la Federation of Media Employees Trade Union (FMETU), la Sri Lanka Working Journalists’ Association (SLWJA) et le Free Media Movement (FMM), condamnent fermement ces agressions et ces arrestations. De plus, ces organisations incitent le gouvernement du pays à permettre aux journalistes de réaliser des reportages en toute liberté et sans crainte.

Journalists who were attacked during news reporting. Credit: SLWJA

Le 31 mars, des officiers du STF auraient agressé plusieurs journalistes et auraient arrêté au moins six d’entre eux durant une manifestation de masse organisée devant la résidence du président sri-lankais, Gotabaya Rajapaksa, à Mirihana.

Selon la FMETU, Avanka Kumara et Chatura Deshan, employés de Sirasa TV, Sumedha Sanjeewa Gallage, Pradeep Wickramasinghe et Nissanka Werapitiya, journalistes de Derana TV, et Waruna Wanniarachchi, journaliste du groupe Lankadeepa, ont été agressés et arrêtés alors qu’ils couvraient les manifestations.

Certains membres de la division des médias du président sri-lankais ont également menacé les journalistes afin que ces derniers cessent leurs reportages. Par exemple, le journaliste chevronné Tharindu Jayawardena a été victime de ces menaces. De plus, la FMETU a déclaré que le personnel des médias et les journalistes ont été harcelés et arrêtés bien qu’ils aient fourni des documents d’identité aux autorités. La SLWJA a également signalé que les caméras et le matériel de certains journalistes et professionnels ont été fortement endommagés. 

Selon le groupe Journalists for Democracy in Sri Lanka (JDS), Thisara Anurudda Bandara, un militant sur les réseaux sociaux, âgé de 28 ans, a lui aussi été arrêté et est détenu au poste de police de Mutwal, un quartier municipal de Colombo.

Sumedha Sanjeewa, l’un des journalistes agressés, a déclaré que, malgré de multiples demandes, il s’était vu refuser le droit de se rendre à l’hôpital pour y être soigné. Awanka Kumara, journaliste détenu, a déclaré que des policiers l’avaient attaqué alors qu’ils connaissaient pertinemment son métier. Selon le JDS, certains des journalistes détenus seront libérés sous caution à la suite de l’intervention de plus de 300 avocats.

Les manifestants réunis à Mirihana ont reproché au président sri-lankais sa mauvaise gestion de l’économie et ses conséquences, à savoir une crise économique marquée par une forte inflation, des coupures de courant quotidiennes ainsi qu’une pénurie de carburant et de produits essentiels.

Le 1er avril, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence et a instauré un couvre-feu dans tout le pays à la suite des manifestations. À ce jour, au moins 600 manifestants, dont des membres de la société civile, des journalistes et des défenseurs des droits sont détenus. Le 2 avril, la Telecommunications Regulatory Commission of Sri Lanka, à savoir les autorités de régulation des télécommunications du pays, a également restreint l’accès aux plateformes telles que Facebook, Messenger, YouTube, WhatsApp, Viber, Twitter, IMO, Instagram, Telegram, Snapchat et TikTok. Cette interdiction a été levée au bout de 15 heures.

Dans le cadre de l’état d’urgence, le gouvernement sri-lankais est habilité à détenir toute personne, à saisir des biens personnels, à fouiller tous les locaux et à modifier et abroger toutes les lois, au nom du maintien de la sécurité publique.

Le 1er avril, le FMM a adressé une lettre à l’inspecteur général de la police afin de demander aux autorités de respecter et de maintenir les normes internationales en matière de droits humains durant l’état d’urgence. De plus, l’organisation a qualifié le mandat présidentiel de Gotabaya Rajapaska de « période sombre » dans l’histoire du Sri Lanka, marquée par une restriction accrue de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.

La FMETU a indiqué : « La FMETU incite le gouvernement sri-lankais à prendre des mesures immédiates afin de mener une enquête impartiale sur les agressions contre les journalistes et à veiller à ce que le droit et la responsabilité des journalistes de relater des faits ainsi que de diffuser des informations à la population soient protégés. »

La SLWJA a déclaré : « La SLWJA condamne cette attaque inhumaine des forces de sécurité contre les journalistes et les professionnels des médias. Nous prions la FIJ d’intervenir afin de traiter les problèmes auxquels les journalistes sont actuellement confrontés au Sri Lanka. »

Le FMM a expliqué : « Cet incident est une violation des droits des journalistes à exercer leur métier. La police ne peut malmener des journalistes en mission, quelles que soient les circonstances. La FMM exhorte le gouvernement sri-lankais à agir dans le respect de la loi et à veiller à ce que les droits des journalistes de couvrir les événements de manière libre, équitable et indépendante soient protégés. »

La FIJ s’est également exprimée : « Les agressions contre les journalistes et les professionnels des médias à Mirihana sont contraires aux normes internationales en matière de droits humains et à la Constitution du Sri Lanka. Elles constituent également une véritable tentative de restreindre la liberté de la presse et la liberté d’expression. La FIJ incite vivement le gouvernement sri-lankais à mettre fin au harcèlement et à l’intimidation des journalistes et des médias, ainsi qu’à libérer, sans plus attendre, tous les journalistes détenus. »

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