Chine: un nouveau rapport de la FIJ révèle les restrictions qui nuisent à la liberté de la presse

Selon un nouveau rapport de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), la Chine risque de nuire à sa propre image internationale en imposant des restrictions aux journalistes étrangers résidant dans le pays. Fair Game, le rapport sur la Chine rédigé par la FIJ est publié aujourd’hui alors que débutent les Jeux olympiques d’hiver de 2022 à Pékin. Ce rapport révèle la manière dont la Chine restreint les reportages dans le pays et tente d’influencer la presse mondiale en sa faveur.

Le rapport illustre  les obstacles qui empêchent de communiquer directement avec les citoyens chinois ainsi que la dépendance croissante envers des sources étrangères, dont les avis peuvent être plus négatifs, ce qui complique considérablement la tâche des médias étrangers qui souhaitent couvrir l’histoire de la Chine de la manière la plus complète et la plus nuancée possible. En Chine, les correspondants étrangers se heurtent à des obstacles tels que leur expulsion, des retards et des refus dans l’octroi des visas, l’intimidation de leurs sources, la surveillance numérique et physique ainsi que des poursuites judiciaires pour violation des protocoles de reportage, tels que le fait de se présenter comme un journaliste. Toutes ces difficultés augmentent le risque de se voir refuser un visa de sortie jusqu’à ce que l’affaire soit résolue. 

Une source locale a déclaré que si leurs propos étaient diffusés dans les médias internationaux, ils seraient emprisonnés. Deux journalistes australiens ont fui le pays par peur d’être détenus après que leur propre gouvernement les a avertis qu’ils étaient pris pour cible par les forces de sécurité en raison de liens présumés avec une journaliste sino-australienne arrêtée pour avoir prétendument divulgué des secrets d’État. 

Les médias contrôlés par l’État, les diplomates « Wolf Warrior » à l’étranger et les groupes affiliés au gouvernement sur les réseaux sociaux encouragent le harcèlement physique des journalistes étrangers et de leurs équipes sur place, harcèlement pouvant aller jusqu’aux menaces de mort. Les personnes les plus vulnérables sont les jeunes femmes d’origine chinoise, accusées d’être des « traîtres à leur race ». Suite à la critique par le journal public Global Times d’un article édigé par une journaliste sino-américaine , celle-ci a reçu des  menaces à caractère sexuel, ainsi que le message suivant : « Si vous croisez cette journaliste, battez-la à mort. » 

Le rapport Fair Game est basé sur des entretiens approfondis menés en décembre 2021 avec 19 correspondants actifs ou récemment arrivés en Chine en provenance de neuf pays, travaillant dans la presse écrite et audiovisuelle et dont le séjour en Chine a duré entre quelques années et plusieurs décennies. Il s’appuie également sur Locked Down or Kicked Out : Covering China, le rapport de 2021 sur les libertés des médias du Club des correspondants étrangers en Chine (FCCC), qui présente la dernière enquête annuelle du FCCC auprès de ses quelques 190 membres.

Fair Game constitue le quatrième rapport de la FIJ sur les efforts déployés par la Chine pour accroître son influence dans les médias internationaux. Ces rapports viennent compléter le programme de la FIJ pour la liberté de la presse en Chine (2008-2019), qui documentait l’évolution de l’espace médiatique dans le pays et son impact sur le journalisme, l’infrastructure médiatique et la liberté d’expression. Un autre rapport publié en 2021 par l’Association des journalistes de Hong Kong, affiliée à la FIJ, et intitulé Freedom in Tatters, se penche sur ces changements.

À Pékin en 2022, les journalistes sont confinés dans un « système de gestion en circuit fermé », bloqués de tout contact avec la « vraie Chine », de leur arrivée à leur départ. Malgré les inquiétudes justifiées que suscite la pandémie de COVID, ces restrictions soulignent le déclin rapide de la liberté des médias depuis plus d’une décennie.

Selon le rapport de la FIJ :

  • Les autorités sont tenues de respecter les droits et le travail des correspondants et la liberté de la presse en ce qui concerne la diffusion d’informations importantes sur la Chine à un public international, y compris le droit de présenter des récits et des types de reportages différents.
  • La diminution du nombre de journalistes internationaux rend plus difficile la couverture de la situation en  Chine de manière exhaustive, fiable, nuancée et compréhensible. Il est nécessaire, juste et raisonnable de réformer l’approche des médias étrangers, compte tenu de l’expansion de l’espace médiatique occupé par les médias chinois sur quasiment tous les continents, comme le permettent les gouvernements étrangers aux journalistes chinois.
  • Les attaques contre les journalistes étrangers perpétrées par les médias nationaux chinois ou leurs affiliés à travers les réseaux sociaux doivent être condamnées, car elles compromettent la sécurité physique des journalistes et donnent une image négative de la Chine et de ses activités dans le monde.
  • Les ambassades étrangères implantées en Chine doivent continuer à plaider et à s’exprimer en faveur d’un meilleur accès au pays et dénoncer le harcèlement des correspondants de leur pays.
  • Les syndicats de journalistes et autres groupes de défense de la liberté de la presse et du journalisme devraient proposer des ressources pour les journalistes effectuant des reportages en Chine, afin de les aider à en appréhender les dangers et les enjeux, notamment en ce qui concerne les reportages sur des questions sensibles, la réduction de leur empreinte électronique et les meilleures méthodes pour protéger leurs sources, les chercheurs et assistants.
  • Les correspondants effectuant des reportages à l’intérieur de la Chine doivent être formés afin de pouvoir planifier leurs reportages en toute sécurité, connaître les stratégies utilisées par les autorités pour bloquer les reportages et les méthodes permettant de couvrir l’actualité et d'entrer en contact avec leurs employeurs et leurs proches.
  • Les journalistes étrangers d’origine chinoise ou asiatique constituent une nouvelle ligne de front pour le reportage mais cette ligne présente également des risques spécifiques. Il faut condamner fermement tout ciblage de journaliste d’origine chinoise en tant que « traîtres à la race » ou autre.
  • La FIJ et d’autres organisations doivent poursuivre leurs tentatives de dialogue avec l’Association chinoise des journalistes (ACJA) afin de renforcer la compréhension mutuelle et répondre aux préoccupations concernant les visas, la sécurité des journalistes et d’autres problèmes.

Le rapport fait suite à la précédente étude de la FIJ publiée en mai 2021 : The Covid-19 Story : Unmasking China’s Global Strategy, qui a commencé à explorer la manière dont la Chine établissait sa présence médiatique sur le plan international dans la plupart des  continents.

Lire le rapport ici.

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