Enquête de la FIJ : deux tiers des femmes journalistes victimes de harcèlement sexiste en ligne

66 % des femmes journalistes qui ont été victimes de harcèlement en ligne ont souffert d’attaques sexistes, selon les résultats de l’enquête de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) rendue publique ce vendredi 7 décembre. Les résultats révèlent également que, tandis qu’une moitié de ces attaques ont été signalées, le harceleur a été identifié ou poursuivi en justice dans seulement 13 % des cas.

Le cyberharcèlement touche à la fois les hommes et les femmes journalistes. Néanmoins, les résultats initiaux provenant de l’enquête de la FIJ montrent que le harcèlement en ligne touche gravement les femmes journalistes, puisque deux tiers d’entre elles sont concernées, provoquant, entre autres effets, des traumatismes psychologiques et conduisant à l’autocensure.

Ces nouvelles données révèlent que le cyberharcèlement dirigé vers les femmes journalistes est principalement basé sur leur appartenance de genre: insultes sexistes, humiliations fondées sur leur apparence physique et menaces de viols, alors que le harcèlement en ligne dont souffrent les hommes ne recouvre pas cet aspect.

48 % des femmes qui ont répondu au questionnaire confirment qu’elles ont reçu des insultes sexistes et 46% d’entre elles disent avoir reçu des commentaires dévalorisant leur travail en raison de leur sexe. De plus, 22 % des femmes journalistes ont reçu des images obscènes de personnes anonymes et 14% des menaces de viol.

Myriam Leroy, une journaliste pigiste belge qui a raconté son histoire à la FIJ, a reçu  “des insultes et des menaces de viol par milliers, des menaces de mort par centaines. Le tout, toujours, à connotation sexuelle”.

Une autre conclusion alarmante de l’enquête montre qu’une grande majorité de ces attaques sont restées impunies. Seulement la moitié des victimes de cyberharcèlement ont signalé ces attaques à la direction de leur média, à leur syndicat ou à la police, et dans deux cas sur trois, il n’a été donné aucune suite.

Tellement de femmes m’écrivent pour me dire qu’elles ont quitté Twitter et les réseaux sociaux après de nombreuses attaques. Elles s’y sentent sans protection”, affirme la Suédoise Alexandra Pascalidou, dans l’un de nos témoignages. Une déclaration que les résultats de l’enquête confirment.

De plus, 75 % des femmes journalistes sujettes au harcèlement en ligne, mais qui n’ont pas signalé ces attaques, ne l’ont pas fait car elles estimaient que cela n’allait pas faire de différence, tandis que 23 % ne voulaient pas que cela affecte leur travail. Il est inquiétant que les femmes journalistes s’habituent à faire face au cyberharcèlement par elles-mêmes et estiment ces situations comme “communes”.

Un des objectifs des harceleurs est de réduire les journalistes au silence. Beaucoup de femmes confrontées à ces situations s’autocensurent.

Laura Crespo, une jeune journaliste espagnole a subi un harcèlement en ligne continu de la part d’un individu qui refusait qu’elle écrive sur le football féminin. Un cas similaire à celui de Noelia Díaz, une journaliste paraguayenne qui est actuellement harcelée pour des posts sur le féminisme. Elles continuent toutes deux leur travail de reporter malgré les menaces.

Néanmoins, ce n’est pas le cas de toutes les femmes journalistes : 38 % des femmes qui ont été sujettes au harcèlement en ligne admettent aujourd’hui s’autocensurer. Non seulement c’est un sérieux problème pour les victimes, mais c’en est un pour la société toute entière : le droit fondamental qu’est la liberté d’information est menacé quand les journalistes s’autocensurent.

Dans le même temps, la violence en ligne a un impact psychologique. La majorité des femmes qui ont répondu avoir été victimes de cyberharcèlement  disent que ces attaques ont eu des effets psychologiques sur elles, comme l’anxiété, la peur ou le stress (63%). La journaliste belge Florence Hainaut a souffert de cette peur : “(...) Le type était de plus en plus inquiétant, j’avais peur. A l’époque je me levais à 2h30 du matin pour aller bosser. Pendant plusieurs semaines, je suis sortie de chez moi avec un couteau.”

Le Secrétaire général de la FIJ, Anthony Bellanger, a déclaré : “Les réseaux sociaux doivent être un espace où tous les journalistes peuvent exprimer leur opinion et publier leur travail librement et sans peur. Nous demandons que les lois existantes soient renforcées et que, lorsque cela s’avère nécessaire, de nouvelles lois s’adaptant à l’ère digitale soient promulguées, afin de défendre les victimes du cyberharcèlement et de rendre responsables les harceleurs de leurs crimes. Nous demandons que les employeurs prennent au sérieux les plaintes qui leur remontent, qu’ils mettent en place les procédures permettant le signalement du harcèlement et qu’ils agissent pour mettre fin aux abus.”

La coprésidente du Conseil du genre (CCG) de la FIJ, Mindy Ran, rappelle que “ces témoignages montrent très clairement les abus de pouvoir et les violations des droits fondamentaux et de la liberté de la presse. Le fait que les femmes journalistes soient systématiquement réduites au silence et que celles qui sont assez courageuses pour faire face à de telles menaces - sexualisées et graves - soient harcelées devrait être reconnu, alors que l’impunité est (presque) totale pour ces crimes.”

 

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