Une bataille du “désespoir” pour les droits des médias en Tunisie amène un journaliste à rejoindre une grève de la faim

La Fédération Internationale des Journalistes a condamné aujourd’hui le déni persistant des droits fondamentaux en Tunisie qui a conduit un représentant des journalistes à rejoindre des défenseurs des droits de l’Homme dans un mouvement de grève de la faim.


Lotfi Haji, président du syndicat des journalistes tunisiens (SJT) et six autres personnalités ont entamé mardi 18 octobre une grève de la faim illimitée pour protester contre la dégradation des libertés en Tunisie.


« C’est un réel désespoir qui a conduit nos collègues à s’engager dans ce mode d’action drastique » a déclaré Aidan White, secrétaire général de la FIJ. « Le gouvernement tunisien a instauré une véritable chape de plomb sur la société civile tunisienne, portant atteinte aux droits de l’Homme les plus élémentaires. Cette politique d’obstruction systématique verrouille tous les espaces d’expression et accule les quelques voix indépendantes dans une position désespérée ».


Les six autres grévistes sont :


• Maître Ahmed Néjib Chebbi, secrétaire général du Parti progressiste démocratique (PDP),

• Hammam Hammami, porte parole du Parti communiste ouvrier de Tunisie (PCOT), Maître Abderraouf Ayadi, vice-président du Congrès pour la République (CPR),

• le juge Mokhtar Yahyaoui, président du Centre de Tunis pour l'Indépendance de la Justice et du Barreau (CIJT),

• Maître Mohamed Nouri, président de l'Association internationale de soutien aux prisonniers politiques (AISPP),

• Maître Ayachi Hammami, coordinateur du Comité de défense de Maître Mohamed Abbou, un avocat incarcéré, début mars, à la suite de la publication sur Internet d’un texte virulent contre le président Ben Ali.


Hajji, le secrétaire général du SJT et correspondant de la chaîne de télévision Al Jazeera, et les autres activistes se sont rassemblés au sein du cabinet de Maître Ayachi Hammami, où se déroule la grève de la faim.


Un important dispositif policier a d’abord bloqué complètement l’accès à l’immeuble, mais les forces de l’ordre ont fini par évacuer les lieux hier soir suite à la visite de deux diplomates britanniques représentant l’Union européenne. Les sept grévistes peuvent désormais recevoir des visites et soutiens extérieurs.


Ils réclament :


1)la liberté d'association, par la reconnaissance de toutes les associations et de tous les partis qui aspirent à une existence légale, notamment l'Association Tunisienne des Magistrats, la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme et le Syndicat des Journalistes Tunisiens ;


2)la liberté de presse et des médias, par la levée de la censure frappant la presse écrite, les publications et les sites internet, par la cessation des pressions exercées sur les journalistes, l'ouverture des médias audio-visuels à tous les courants de pensée, l'institution d'une autorité indépendante et plurielle qui prendrait en charge le contrôle de ce service public et en fin la remise des récépissés à tous les journaux qui en ont fait la demande pour permettre leur parution ;


3) la libération des prisonniers politiques, la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, islamistes, internautes, jeunes injustement accusés de terrorisme ainsi que la libération de l'avocat Mohammed Abbou et l'adoption d'une loi d'Amnistie Générale.


« Les autorités tunisiennes ont claqué la porte devant toute tentative d’action collective » a déclaré Lotfi Haiji. « Face à une logique de terreur et d’arbitraire, il s’agit d’un ultime combat, pacifique et solidaire, pour la dignité des journalistes ».


Tunis se prépare à accueillir, du 16 au 18 novembre prochain, le Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI). Loin de toute velléité d’ouverture, les autorités tunisiennes ont multiplié les attaques contre les représentants de la société civile, interdisant notamment les congrès du Syndicat National des Journalistes et de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme.


Les organisations syndicales peuvent exprimer leur soutien à Lotfi Haiji (GSM : +216 98 352 262).


Pour plus d’informations merci de contacter le : +32 2 235 22 06

La FIJ représente plus de 500 000 journalistes dans plus de 110 pays.