Répression de la Presse

Dans un contexte de répression politique systématique, la liberté d’expression en général et de la presse en particulier n’a pas droit de cité. La presse indépendante se résume à deux bulletins d’une opposition politique réduite à la figuration, le Renouveau du Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD) ainsi que Réalité de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD). Aucune radio ni de télévision libres n’existent. Le régime occupe seul l’espace audiovisuel avec sa radio et sa télévision (Radiotélévision de Djibouti) tout comme il domine celui de la presse avec son bi-hebdomadaire la Nation et son organe de parti le Progrès.


La loi sur la communication, qui date de 1992, a tété conçue dans cet esprit de confiscation de la liberté d’expression. Elle est verrouille l’expression et réprime à tout va. Elle subordonne, par exemple, la création des media audiovisuels à la délivrance d’une « licence de création et d’exploitation » laissée à la discrétion d’un pouvoir qui ne sait que refuser.


Outre la répression, la presse est confrontée à des difficultés économiques insurmontables. Dans une société où le taux d’analphabétisme dépasse allègrement les 50 %, où les gens restent encore à forte tradition orale et où la lecture des journaux est souvent « collective », un organe de presse ne peut connaître ni tirage significatif ni autonomie financière. Sans soutien public, aucune presse écrite digne de ce nom ne saurait exister. Or, le gouvernement ne se soucie que de prévenir tout autre son de cloche que le sien.


Devant cette situation, les rares journalistes indépendants du pouvoir ( ceux du secteur gouvernemental sont de simples agents de l’Etat-RPP sans statut particulier ni liberté d’association ou de travail), se sont, en 2001, regroupés en association dans l’espoir de mieux résister. Ils ont créé l’Association djiboutienne des journalistes indépendants (ADJI) . Bien que légalement déclarée, L’ADJI reste désespérément inopérationnelle. Sans ressources et sans soutien de l’Etat qui lui est hostile, elle est comme mort-née. Et le seul projet volontariste, à savoir la création d’une libre radio associative, qu’elle a initié en octobre 2002, s’est heurté au refus du pouvoir qui ne lui a point délivré la « licence de création et d’exploitation ».


Et comme si tout cela ne suffisait point, l’appareil répressif du régime s’acharne contre les quelques journalistes encore debout et leurs modestes titres. En témoigne le sort réservé à Monsieur Monsieur Daher Ahmed Farah, directeur de publication du Renouveau et président du MRD. Parce que ce démocrate convaincu résiste à l’ordre liberticide et fait preuve de persévérance, parce que le Renouveau tient bon grâce à cette ténacité et que, depuis sa naissance d’octobre 1992, il se fait la modeste voix des sans-voix, il est la cible privilégiée des persécutions du pouvoir. Suspensions, saisies de ses peu de moyens de travail et de ses archives, emprisonnements de son directeur (qui en est aussi le rédacteur en chef), amendes et autres dommages et intérêts, harcèlement administratif, sont son lot courant. Objectif : le réduire définitivement au silence. Comme cela a pu se faire avec d’autres journalistes qui, de guerre lasse, ont jeté l’éponge et se sont ralliés au pouvoir. C’est le cas notamment de Monsieur Amir Adaweh Robleh, rédacteur en chef du bulletin la République du Parti national démocratique (PND) pour lequel Reporters sans frontières (RSF) s’est beaucoup mobilisé en 1999 et 2000 lorsqu’il s’est mystérieusement retrouvé dans une prison éthiopienne où il a été victime de tirs à balles réelles qui lui ont brisé une jambe.


L’année 2003 est particulièrement éloquente quant à la répression dont la très modeste presse non gouvernementale est victime. Le Renouveau et son directeur de publication ont connu pas moins de quatre prétendus procès, émanant tous du ministère de la Défense et de ses généraux. Sous les chefs d’accusation révélateurs de « diffamation, diffusion de fausses nouvelles, ou atteintes au moral de l’armée ». La liste des coups portés est longue: plus de trois mois d’emprisonnement dans des conditions inhumaines, suspension de l’organe du 1er août au 31 octobre 2003, près de treize millions (près de 72 000 euros) de dommages et intérêts et d’amende, perquisitions, saisies d’éditions et de matériel de travail, etc. etc. Monsieur Daher Ahmed Farah , pour lequel des organisations aussi diverses que Amnesty international, Human rights watch, Reporters sans frontières, ou la Fédération internationale des journalistes (FIJ), pour ne citer que celles-ci, se sont mobilisées, est sorti de prison le 5 août 2003. Dans un état de grand épuisement.


Quelles perspectives ?


Djibouti: Le Témoignage de Daher Ahmed Farah, Novembre 2003.


Retour au Sommaire