La FIJ demande qu'une nouvelle culture de la sécurité soit développée après les meurtres de 67 journalistes en 2002

Selon la Fédération internationale des journalistes, l'année 2002 a été "l'année de la prise comme cible" durant laquelle des journalistes d'investigation sont morts sur trois continents différents lors d'assassinats différents parce qu'ils voulaient rédiger des articles sur le terrorisme, la corruption ou l'activité criminelle.


"Ces journalistes ont payé le prix le plus lourd pour leurs articles," a déclaré Aidan White, Secrétaire général de la FIJ lors de l'annonce d'un total de 67 décès en 2002 dans le rapport portant sur le nombre de journalistes et travailleurs des médias tués en service en 2002, rapport présenté à Bruxelles aujourd'hui. "Il est temps que la communauté internationale et l'industrie des médias unissent leurs forces dans une nouvelle campagne pour traquer ceux qui prennent des journalistes pour cibles parce qu'ils posent les questions qu'il faut pour aider à garder la démocratie intacte."


Selon la FIJ, le meurtre de Daniel Pearl, journaliste au Wall Street Journal, en janvier, a donné le ton pour une année où les journalistes seront pris pour cibles. Daniel Pearl, qui se livrait à un travail d'investigation sur le monde d'al-Qaeda et du terrorisme international a été kidnappé et utilisé sans pitié par ses ravisseurs qui ont filmé son assassinat au Pakistan.


"Ce déploiement de brutalités, terrible et sans précédent, rappelle aux journalistes que les médias internationaux sont en première ligne dans le combat pour la démocratie et les droits de l'homme" a déclaré Aidan White. Daniel Pearl est un cas parmi ceux qui ont été mis en exergue par la FIJ - en Inde, en Colombie, en Russie et au Brésil - où des journalistes d'investigation ont été pris pour cibles.


"Nous devons faire davantage pour réduire les risques" dit la FIJ, qui, avec l'Institut international de la presse, a créé une coalition de plus de 80 médias, syndicats de journalistes, groupes défendant la liberté de la presse et organisations internationales pour lancer l'International News Safety Institute (Institut international pour la sécurité dans le journalisme).


Cette nouvelle organisation coordonnera les actions prises dans le domaine de la sécurité pour la défense des journalistes et des travailleurs des médias dans le monde. "Le monde est de plus en plus dangereux pour les journalistes", a déclaré Aidan White, "nous avons besoin d'une nouvelle culture, d'une prise de conscience des problèmes de sécurité qui réduira les risques pour les journalistes sans diminuer le droit des médias de couvrir les sujets qui doivent l'être."


A nouveau, la FIJ a mis en exergue l'Amérique latine, où le journalisme est particulièrement menacé. En Colombie, le prix payé a été particulièrement lourd - dix morts en 2002. En réponse à cette situation, la FIJ a ouvert un nouveau bureau à Bogota en octobre, pour exercer une vigilance sur les agressions et fournir de l'aide aux journalistes locaux.


"Certains de ces meurtres étaient inévitables. Les journalistes sont parfois aux mauvais endroits aux mauvais moments et nous reconnaissons que, face à des criminels sans scrupules et à des politiciens indifférents, on ne peut pas souvent faire grand chose pour arrêter des tueurs déterminés", a déclaré Aidan White, "mais les gouvernements doivent être continuellement mis au défi de mener l'enquête et d'exercer un suivi après chaque attaque à l'encontre d'un travailleur des médias."


La FIJ a accueilli positivement certaines actions, comme au Mozambique par exemple, où les autorités ont fait juger les personnes accusées de l'exécution publique de Carlos Cardozo, un des éditeurs les plus importants du pays assassiné en 2000. Mais la FIJ est toujours inquiète quant au fait que certains autres meurtres importants de journalistes - Gyorgy Gongadze en Ukraine et Martin O'Hagan en Irlande du Nord - restent non résolus. "Il est de la responsabilité des gouvernements d'arrêter les tueurs et de les confier à la justice," a déclaré Aidan White, "et en ce qui concerne les cas cités plus haut, nous savons par des sources sur le terrain que plus peut et doit être fait." Il a averti que les journalistes continueront à être pris comme cibles "tant que les gouvernements ne puniront pas sévèrement ceux qui pratiquent la censure par la violence."


La FIJ pense qu'une nouvelle organisation internationale pour la sécurité des médias rassemblant l'industrie, les groupes défendant la liberté de la presse et les travailleurs des médias fournira un nouvel outil pour mieux cibler la pression exercée sur les gouvernements. Elle renforcera également les médias.


"Nous ne serons peut-être pas capables d'arrêter tous les meurtres mais nous nous pouvons mettre la sécurité des journalistes à la place qui lui revient - tout en haut de l'ordre du jour des médias et des gouvernements," a déclaré Aidan White.