Message des grèvistes de la faim tunisiens au Sommet Mondial sur la Société de l'Information

Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies


Nous représentants de partis politiques et d'associations de la société civile, en grève de la faim pour les droits et libertés en Tunisie, vous souhaitons la bienvenue et plein succès á vos travaux.


C'est pour nous un grand honneur que la Communauté internationale choississe la Tunisie pour abriter une conférence mondiale sur les grands problèmes que pose le développement des nouvelles technologies de l'Information, dont la fracture numérique entre les pays du nord et ceux du Sud et la gouvernance du Net á l'échelle mondiale.


La réduction de la fracture numérique ne pose pas que des problèmes d'ordre financier. La Déclaration de principe et le Plan d'Action de la première phase du SMSI n'ont pas manqué de souligner l'importance de la liberté d'expression et d'opinion ainsi que le rôle de la télévision et de la radiofussion dans la réduction de cette fracture. Ils n'ont pas manqué non plus d'insister sur l'impératif du libre accès de tous aux nouvelles technologies de l'information dans la lutte contre la pauvreté, l'ignorance et le sous développement.


A ce propos, nous voudrions vous informer que nous observons depuis trente jours une grève de la faim pour réclamer trois mesures fondamentales: la liberté d'association, la liberté de presse at la libéeration des prisonniers politiques. L'Internet est censuré, les médias sont monopolisés par un parti au pouvoir depuis cinquante ans; la constitution de partis et d'associations, ainsi que l'edition de journaux sont assujetties l'appéciation discrétionnaire du ministre de l'intérieur. Aucun contrôle judiciare effectif n'existe dans le pays où le pouvoir judiciare lui-même est soumis au pouvoir exécutif. Il n'est pas étonnant dans ces conditions que des milliers de prisonniers politiques, de toute tendance, aient connu les affres de la torture, de l'emprisonnement et des mauvais traitements. Des centaines d'entre eux croupissent depuis quinze ans dans les geôles des prisons, exposés aux traitements les plus inhumains et sans espoir de voir leur calvaire prendre fin avant de très longues années.


L'ONU n'a cessé d'attirer l'attention du gouvernement tunisien sur l'état déplorable dans lequel se trouve confinée la Tunisie, un pays pacifique, ouvert aux traditions libérales anciennes et dont les élites témoignent d'un haut niveau d'éducation et de culture. Cet état n'est pas uniquement préjudiciable á la dignité humaine, il est aussi contraire aux impératifs de bonne gouvernance. Il constitue, á ce titre, le principal obstacle à la poursuite de notre progrès économique et social, dans un monde globalisé où la compétition et l'intelligence humaine représentent la principale source de richesse et de progrès.


Monsieur le Secrétaire Général,


Nous considérons que la condition première de la réussite de vos travaux et de l'adhésion des peuples á vos programmes réside dans la mise en concordance des discours et des actions. Notre souhait est de vous voir joindre aux belles déclarations d'intention l'adoption de mesures concrètes pour réduire effectivement la fracture numérique et enjoindre aux Etats qui ne respectent pas encore les droits humains, l'obligation d'honorer leurs engagements internationaux et de garantir á leurs citoyens les libertés fondamentales et les droits inscrits dans leurs propres constitutions. La démocratie n'étant plus une affaire de politique intérieure mais un impératif de stabilité, de paix et de coopération internationales.


En vous renouvelant nos sincères souhaits de succès, veuillez recevoir, monsieur le Secrétaire Général, l'expression de nos salutations distinguées.



Tunis, le 16 novembre 2005


Les grévistes:


Ahmed Néjib Chebbi: Secrétaire Général du Parti Démocrate Progressiste

Hamma Hammami: Porte-parole du Parti Communiste des Ouvriers Tunisiens

Abderraouf Ayadi: Vice-président du Congrès Pour La République

Lotfi Hajji: Président, du Syndicat des journalistes Tunisiens

Ayachi Hammami: Président du comité de Soutien de Mohammed Abbou et Secrétaire Général de la section de Tunis de la Ligue Tunisienne de Défense des Droits de l'Homme.

Samir Dilou: membre du bureau directeur de l'Association Internationale de soutien aux Prisonniers politiques

Mokhtar Yahyaoui: juge et président du centre Tunisien d'indépendance de la Justice

Mohamed Nouri: Président de l'Association Internationale Association de soutien aux Prisonniers politiques