Les journalistes européens condamnent les employeurs de la presse pour leur "dangereuse indifférence" envers la sécurité des freelances

Les journalistes européens ont condamné aujourd'hui les employeurs pour leur "indifférence brutale et inacceptable envers la sécurité des freelances" suite au refus des employeurs d'approuver les plans de l'Union européenne pour renforcer la santé et la sécurité des employés freelance.


"Il est scandaleux que dans un secteur de l'économie qui repose quotidiennement sur des reporters qui sont amenés à prendre des risques pour de l'information ou des photos, les employeurs ne sont pas prêts à prendre leurs responsabilités au sérieux", a dit Aidan White, Secrétaire Général de la Fédération Européenne des Journalistes, qui représente plus de 280 000 journalistes dans 31 pays.


La FEJ et son Groupe d'Experts Freelance déclarent que l'opposition de l'Association Européenne des Editeurs de Journaux aux amendements recommandés par le Conseil de l'Europe pour les conditions de santé et de sécurité des travailleurs indépendants place "les profits avant la sécurité" et ignore l'énorme contribution du journalisme freelance à l'industrie des journaux en Europe.


"Chaque jour nous notons de nouveaux actes de violence à l'encontre des journalistes à travers le monde, y compris en Europe, et les reporters et travailleurs freelance sont particulièrement exposés aux risques lorsqu'ils couvrent des conflits ou des évènements locaux," a déclaré Aidan White, "il est inexcusable que les employeurs de journaux ignorent leurs responsabilités dans ce domaine."


La FEJ note que malgré le développement de directives de sécurité pour les journalistes sur des missions dangereuses au sein de certaines grandes agences d'information et de compagnies de télévision, les compagnies de presse écrite ont été "remarquablement absentes" des efforts déployés pour améliorer la sécurité des journalistes dans le secteur. La FEJ rappelle que ces dernières années 32 journalistes indépendants travaillant dans le seul secteur de la presse écrite ont perdu la vie pendant ou en raison de leur travail.


"A présent nous avons la vision peu ragoûtante d'une association d'employeurs essayant de se laver les mains de leur responsabilité envers des personnes qui fournissent une part croissante de la matière brute des nouvelles pour leurs journaux," a déclaré Aidan White.


La FEJ indique que tous les travailleurs, qu'ils soient indépendants, freelances, travailleurs à temps partiel ou avec des contrats à durée déterminée, devraient tomber sous le principe de non-discrimination. La FEJ est convaincue que la plus large protection possible de la santé et de la sécurité devrait s'appliquer à tous les ouvriers - employés, indépendants et à temps partiel.


La FEJ soutient les amendements pour le renforcement de la santé et de la sécurité avancés par le rapporteur Manuel Pérez Alvarez, du Comité de l'Emploi et des Affaires Sociales. Cependant, l'Association Européenne des Editeurs de Journaux s'oppose à ces amendements en arguant que les journalistes indépendants "tirent bénéfice d'une grande liberté d'organisation, de flexibilité et… d'avantages fiscaux."


La FEJ considère cet argument comme absurde, se rapportant à des enquêtes mondiales et européennes qui indiquent que les prestations sociales et les arrangements fiscaux pour les freelances sont extrêmement limités. Les freelances peuvent bénéficier de couverture sociale, d'assurance et de pensions uniquement au Danemark, en Suisse et en Allemagne. En outre, beaucoup de journalistes ont été contraints de devenir des travailleurs indépendants par leurs anciens employeurs. Beaucoup de syndicats avertissent d'emblée que l'augmentation du journalisme freelance a un impact négatif sur la qualité des médias et il existe un accord quasi unanime pour dire que la croissance du travail en freelance est un processus qui nuit aux conditions de travail. "Décrire majestueusement les journalistes freelances comme des travailleurs indépendants donne une image artificielle, fausse et tronquée de la vérité," a indiqué Aidan White, "la plupart des journalistes indépendants trouveront cela risible. Beaucoup de jeunes travailleurs indépendants en Europe ont à peine les moyens de vivre du maigre revenu du journalisme et peu d'entre eux ont assez d'argent à mettre de côté pour assurer leur santé et leur sécurité."


La FEJ indique qu'elle s'opposera fortement aux employeurs de journaux et les met au défi de fournir "un respect minimal pour la santé, la sécurité et le bien-être de toutes les personnes qui contribuent à la prospérité de l'industrie de la presse européenne."