Un rapport de la FIJ accuse les Etats-Unis face aux journalistes victimes de la guerre en Irak : « un Profond Déni de Justice »




La Fédération Internationale des Journalistes appelle à :

  • Une enquête indépendante pour les morts inexpliquées

  • De nouvelles règles internationales condamnant explicitement le fait de prendre des journalistes pour cible et les négligences envers la sécurité des journalistes

  • Une campagne mondiale pour demander justice pour les victimes parmi les médias


    La Fédération Internationale des Journalistes, le plus grand groupe de journalistes au monde, a publié aujourd’hui un rapport détaillé sur la guerre en Irak et a appelé à “une campagne mondiale pour dénoncer l’obscurantisme, la malhonnêteté et l’arrogance des autorités des Etats-Unis ” autour de la mort d’au moins sept journalistes pendant et après la guerre.


    Le rapport de la FIJ, intitulé “Déni de Justice sur la Route de Bagdad”, examine les conditions de sécurité des journalistes durant le conflit et se concentre sur quatre incidents dans lesquels des journalistes ont été tués ou ont disparu, présumés morts.



    “Ces incidents ont causé une vague d’indignation dans le journalisme à l’échelle mondiale”, a déclaré le Président de la FIJ Christopher Warren. “Il est choquant de constater qu’après six mois, les familles, les amis et les collègues des victimes attendent toujours des informations crédibles sur les conditions et les raisons de leur disparition. ”


    Le rapport, préparé par le Secrétaire Général de la FIJ, Aidan White, accuse les Etats-Unis “d’irresponsabilité flagrante” quant au respect de la sécurité personnelle des journalistes, face à l’absence d’instructions pour les commandants militaires et les soldats sur le terrain leur ordonnant d’éviter de prendre les médias pour cibles.


    En particulier, la FIJ affirme que les Etats-Unis doivent encore éclaircir les évènements suivants :


  • L’attaque du tank américain sur l’hôtel Palestine à Bagdad, où étaient abrités plus de 150 journalistes, dans laquelle deux journalistes, José Couso, caméraman pour Telecinco en Espagne, et Taras Protsyuk, travaillant pour Reuters, ont été tués;


  • La fusillade contre une équipe de télévision d’ITN impliquant les forces américaines au sol et des forces aériennes près de Basra, dans laquelle le reporter Terry Lloyd a été tué. Ses deux collègues, Fred Nérac et Hussein Osman, sont toujours portés disparus, présumés morts;


  • Une attaque de missiles américains sur les bureaux d’Al-Jazira à Bagdad, dans laquelle le reporter Tarek Ayoub a été tué; et


  • La fusillade, en plein jour, par l’armée américaine à l’encontre du caméraman émérite de Reuters, Mazen Dana, qui faisait un reportage depuis une prison de Bagdad plusieurs semaines après la fin officielle de la guerre.


    “Dans tous ces cas, les Etats Unis n’ont pas été en mesure de produire un rapport, ou n’ont pas publié les résultats de leurs propres enquêtes”, a déclaré Aidan White. “Ils se sont déchargés de toute responsabilité et ont passé l’éponge sur les mensonges et la malhonnêteté de leurs troupes en réponse à des témoignages visuels qui vont à l’encontre de la version officielle des évènements. Il s’agit d’un profond déni de justice.”


    Le rapport de la FIJ a été présenté le lendemain d’une réunion à Madrid où des journalistes, des organisations de médias et la famille de José Couso, l’une des victimes de l’Hôtel Palestine, ont adopté une proposition pour une campagne mondiale incluant les médias, les journalistes, les groupes de droits de l’homme et des experts juridiques internationaux.


    “Nous ne sommes pas à la recherche de boucs émissaires,” a déclaré Aidan White. “Dans la plupart des cas, nous connaissons les individus qui ont ouvert le feu. Mais nous devons défier ceux qui sont responsables de cette culture de négligence et d’arrogance qui mettent en danger les employés des médias qui travaillent en zone de guerre.”


    En théorie, rappelle la FIJ, il existe des règles qui devraient protéger les journalistes et les travailleurs des médias. “Mais ces règles ne fonctionnent pas. Nous avons besoin de lois claires et explicites qui viendraient renforcer la protection des travailleurs des médias et garantir que chaque mort d’un journaliste dans une zone de guerre fasse l’objet d’une enquête complète et indépendante,” a déclaré Aidan White. “Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a récemment renforcé la protection des travailleurs humanitaires et il devrait en être de même pour le personnel des médias.”


    Le rapport salue la création de l’Institut international pour la sécurité dans le journalisme, une coalition mondiale de groupes de médias qui a pour objectif d’améliorer le niveau de formation et de sécurité pour les journalistes travaillant dans les zones de conflits. Il contient également des appels à plus de protection pour les journalistes freelance, qui sont parmi les personnes les plus vulnérables en zone de guerre, ainsi que des mises en garde sur les dangers que posent les journalistes « incorporés » pour les reportages objectifs.


    “La guerre en Irak a été sans conteste la campagne médiatique la plus étendue et la plus onéreuse de l’histoire récente. Elle a également été la plus dangereuse,” indique le rapport.


    La FIJ a écrit au secrétaire des Nations Unies Kofi Annan et l’a appelé à demander aux Etats-Unis de mettre un terme au secret autour de la mort des employés des médias et à soutenir des enquêtes indépendantes sur la mort des journalistes et des employés des médias pendant la guerre.


    “On ne peut pas accepter l’injustice en Irak,” a déclaré Aidan White. “Une guerre menée au nom de la démocratie ne devrait pas faire fi des droits des personnes à connaître la vérité.”


    Télécharger le rapport (version anglaise) - La version française est en cours de traduction


    Pour plus d’informations : +32 2 235 22 00

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