Lettre rédigée par Özge, l'épouse de Baris Tertkoglu, avant la tenue du procès OdaTV

Voici la lettre rédigée par l'épouse de Baris Terkoglu à la veille des audiences du procès OdaTV:

Bonjour,

J'espère que ce message vous trouvera en

bonne forme. Je vous l'adresse pour faire le point sur le dossier Odatv, à

l'approche de la prochaine audience, prévue pour ce vendredi 14 septembre.

Lors de la dernière audience, le 18 juin,

plus de cent jours après la précédente, Bari? et ses collègues ont une nouvelle

fois réclamé en vain justice, et rappelé que le traitement normal de

l'information ne peut pas être considéré comme un crime. Je vous rappelle qu'on

n'a posé que cinq questions à  Bari? après

son arrestation, et qu'aucune d'entre elles n'avait rapport avec une

organisation ou une action terroriste. On n'a pas posé de question non plus à Bari?

Pehlivan (N.D.L.R. : le directeur du site). Mais les juges n'en ont pas

moins décidé qu'à l'exception de 

Müyesser Y?ld?z, les autres accusés devraient passer 92 jours

supplémentaires derrière les barreaux.

Bari? 

et ses coprévenus sont des journalistes et des auteurs, qui ont estimé

avoir le droit de toucher les « intouchables » aux yeux du

gouvernement. En dehors de coups de téléphone bien normaux dans un processus de

collecte de l'information, toute l'accusation était basée sur des documents

numériques, retrouvés dans les ordinateurs saisis chez Odatv. Ces documents

apparaissaient comme des notes prises par les journalistes appréhendés. Mais

aucun d'entre eux n'était au courant de l'existence de ces documents avant leur

interrogatoire, et, afin de comprendre d'où ces documents venaient, leurs

avocats ont demandé qu'on examine ces ordinateurs. Des chercheurs indépendants,

travaillant dans trois prestigieuses universités d'État en Turquie, ont

démontré que ces documents avaient été introduits par des virus dans les

ordinateurs saisis, et leur analyse a été confirmée par des spécialistes

américains. Tous ces spécialistes étaient parfaitement conscients de la

responsabilité qu'ils prenaient à l'égard du tribunal. Et pourtant, malgré ces

rapports indépendants produits par quatre institutions indépendants, le

tribunal a réclamé une nouvelle analyse, à mener par une institution liée au

gouvernement, TÜBITAK.

 

Finalement, après 19 mois, une enquête

technique sur les documents numériques qui constituent les seules

« preuves » de l'accusation, a donc enfin été réalisée. Le langage

utilisé par TÜBITAK dans son rapport est très prudent, dans le sens négatif du

terme, mais il n'en confirme pas moins les constats dressés par les précédentes

analyses, à savoir : 

 

- les PC sont infectés

· les virus permettent une intrusion externe dans les

ordinateurs

· les ordinateurs ont été atteints par le truchement de ces

virus

·    

- les documents n'ont jamais été utilisés, lus, ou modifiés

par les utilisateurs habituels des ordinateurs.

Et pourtant, malgré ces constats, la

conclusion du rapport est très vague : il se contente de poser

qu' «il n'est pas possible de se faire une opinion définitive sur le fait

que ces documents ont été introduits de manière malveillante dans les

ordinateurs ».

 

  Toute personne qui lit le rapport peut en déduire

clairement que les documents numériques ne peuvent plus être considérés comme

des preuves dans ce dossier et qu'au contraire, la violation des ordinateurs

saisis devrait faire l'objet d'une enquête. Après le dépôt du rapport TÜBITAK,

les avocats ont demandé la remise en liberté des prévenus. Mais les juges ont

ignoré le contenu du rapport, et ont cité la phrase reprise ci-dessus pour

rejeter la demande.

Tout ce que nous voulons, c'est que la

vérité, qui ressort même du dossier TÜBITAK ne soit pas masquée de la sorte.

L'audience de vendredi est extrêmement importante pour nous : nous en

attendons qu'elle mette fin à ce cauchemar, et c'est pourquoi toute l'attention

internationale que nous pouvons recevoir est d'une valeur inestimable pour

nous.

 

Merci pour votre intérêt !

 

 

 

Ozge Terko?lu