Les médias sous les attaques de la royauté au Népal: black-out médiatique à l'extérieur de Katmandou

La grave inquiétude exprimée par la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) par rapport à la crise politique en cours au Népal a été renforcée aujourd’hui après la confirmation d’un ordre du roi Gyanendra visant à instaurer un black-out total de tous les médias à l’extérieur de la vallée de Katmandou.


La FIJ a reçu des informations indiquant que les soldats ont intimé les centres médiatiques à fermer, « jusqu’à nouvel ordre », à Pokhara, une ville située à 200 km à l’ouest de la vallée de Katmandou.


« Vous n’avez plus à publier des informations à partir de maintenant. C’est la responsabilité des journaux quotidiens basés à Katmandou » a déclaré un membre de l’armée à un journaliste local appartenant à l’un des quotidiens népalais.


Les informations recueillies indiquent que tous les sièges de médias privés sont régis par le personnel militaire depuis le coup d’Etat du premier février. La FIJ a reçu des informations indiquant que les responsables de l’armée dictaient aux rédacteurs en chef le contenu des éditoriaux à Jan Ashta.


Toutes les stations FM situées en dehors de la vallée de Katmandou ont été fermées. Radio Sagarmatha, la première radio communautaire en Asie du Sud, est désormais gérée par l’Armée Royale Népalaise. Tout programme d’information, de discussion, ou même les programmes réguliers, ont été bannis des ondes.


Les Etats-majors de l’administration locale et du district de Rupandehi dans l’ouest du Népal ont ordonné à Butawal F.M et à Lumbini F.M d’arrêter la diffusion. Ils ont également ordonné à Mechi Kali, Daily Lumbini, Jana Sangharsa et Naya Disha de suspendre leurs publications.


Khagendra Sangraula, le chroniqueur renommé d’un quotidien de Kantipur, a été arrêté et est détenu au quartier général de la police de l’armée à Halchowk, Katmandou, pour ses précédents articles critiques envers le renforcement de la monarchie.


Toutes les lignes de communication de et vers le pays demeurent coupées, alors que les militaires ont pris en charge tous les fournisseurs de service Internet et les deux compagnies en charge des services téléphoniques et de communication, Nepal Telecom et UTL.


Ironiquement, le seul lien subsistant sur le site du service népalais de la BBC renvoie au gouvernement du Premier Ministre Sher Bahadur Deuba, actuellement assigné à résidence.


La FIJ demeure très préoccupée par le sort des journalistes et les défenseurs de la liberté d’expression et, en particulier, par ceux qui ont exposé dans le passé des vues critiques sur le roi.


La FIJ a pu exposer l’histoire sombre et tourmentée du Népal en matière de violations des droits de l’Homme et de la liberté d’expression. Les journalistes népalais ont été soumis à d’intenses pressions dans les trois dernières années pendant le combat sanglant du Parti Communiste Népalais (maoïste) pour établir une « république populaire » et abolir la monarchie constitutionnelle népalaise et les tentatives de l’Etat à contrôler le mouvement.


Plus de 100 journalistes ont été arrêtés pendant le précédent état d’urgence déclaré de novembre 2001 à août 2002 et nombre d’entre eux ont été soumis à la torture.


Huit journalistes et un travailleur des médias ont été tués depuis mai 2002. Des centaines ont été menacés et attaqués.


Jusqu’à ce jour les affiliés et organisations partenaires de la FIJ ont remis des lettres de protestation aux ambassades népalaises et consulats à Sydney, Moscou, Tokyo, Washington, New Delhi et Dhaka. Des journalistes du monde entier ont condamné les attaques contre les médias et la suspension de libertés fondamentales au Népal.


« Le déni d’information pendant ces heures critiques est un déni des droits fondamentaux du peuple népalais », a déclaré Christopher Warren, le Président de la FIJ.


« Nous réitérons nous appels et ceux de la Fédération des Journalistes Népalais pour un retour rapide à la démocratie et nous demandons au roi d’assurer le respect des droits et la sécurité des journalistes au Népal », a-t-il poursuivi.


Pour plus d’informations, contacter Christopher Warren au +61 411 757 668

La FIJ représente plus de 500 000 journalistes dans plus de 110 pays