L'autorégulation face à la Crise en Côte d'Ivoire : Responsabilité de la Presse, Impact de l'OLPED

La violence politique en Côte d’Ivoire est, d’abord, physique : un coup d’Etat en 1999 ; deux tentatives de coup d’Etat après les élections de 2000, une rébellion armée … Mais cette violence est aussi et surtout verbale. La lecture des journaux ivoiriens donne la mesure de cette violence où l’injure le dispute à la diffamation, où de graves accusations, trop souvent sans fondement, et les scandales montés de toutes pièces tiennent le haut du pavé. Cette violence verbale est aussi déclinée en incitations : incitations au tribalisme, à la xénophobie, au fanatisme religieux, à la révolte, à la guerre, etc. Nombre de journaux ivoiriens rivalisent d’ardeur et de zèle, pour offrir « aux militants ce qu’ils ont envie de lire, ou pour faire plaisir à un commanditaire de l’ombre ». Sans doute les journalistes ivoiriens ne sont-ils pas les premiers responsables de la crise ivoirienne, mais ils y ont toutefois leur part de responsabilité.


Comment cette situation de dérapages médiatiques peut-elle perdurer, alors que depuis 8 années l’Observatoire de la Liberté de la Presse, de l’Ethique et de la Déontologie (OLPED) multiplie communiqués et médiations. Faut-il en conclure que l’OLPED a failli ? L’OLPED parle-t-il dans le vide ? Il est tentant de croire et de proclamer, ce que font certains, que puisque le contenu des journaux ivoiriens est toujours décrié, l’Observatoire ne sert à rien.


Zio Moussa, membre de l’OLPED et président du Réseau des Instances Africaines d’Autorégulation des Médias (RIAAM) rétorque : quel serait le contenu des journaux ivoiriens si l’OLPED n’existait pas ? Il offre ici un bilan des huit années d’existence de l’instance ivoirienne d’autorégulation des médias. Aux heures les plus chaudes qu’a connu ce pays depuis 1999, l’OLPED a continué à travailler, à se réunir, à indexer les médias et les journalistes fautifs, à rendre visite aux rédactions pour appeler l’attention des journalistes sur le traitement professionnel de la crise, le respect de l’éthique et de la déontologie, à lancer des appels aux leaders politiques, aux chefs religieux, à la société civile. L’OLPED n’a pas vocation de résoudre seul la crise ivoirienne qui s’enracine en fait dans l’histoire de ce pays. Cependant on ne peut dénier à l’OLPED d’avoir permis de limiter les casses. Pour preuve la confiance que ne cesse de lui témoigner au niveau national les médias, les journalistes, mais aussi le public, et au niveau international les autres instances d’autorégulation de la sous-région et les partenaires au développement des médias.

Michel Philippart

Publication:


Crise en Côte d'Ivoire : Responsabilité de la Presse, Impact de l'OLPED

Auteur:Zio Moussa

Abidjan, Côte d'Ivoire

Soumis à : Fédération Internationale des Journalistes, Programme Médias pour la Démocratie

Septembre 2003


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