La situation de la femme journaliste au Maroc

L’égalité des genres dans le journalisme au Maghreb :
Documents préparatoires au séminaire régional de Rabat (août 2005)


La situation de la femme journaliste au Maroc


Allocution de Mounia Belafia, Rabat
Journaliste et membre du Conseil d’administration du syndicat national de la presse marocaine (SNMP)


Quand j’ai commencé à travailler sur ce papier, j’ai dû faire face à la question suivante : Sur quoi devrais-je baser mon papier ? Est-ce à travers une comparaison entre ce qui s’est fait auparavant et ce qui s’est réalisé aujourd’hui ? Ou bien commencer par un indice pour se lancer ensuite dans l’examen de la situation actuelle ? Je me suis alors dis que le document de Pékin, qui constitue l’une des bases de la discussion de la situation de la femme et les médias, pourrait marquer un départ pour l’examen de la situation des femmes journalistes au Maroc, surtout vu que l’ensemble des études réalisées sur les femmes et les médias prenaient racine dans ce texte.

Revenant sur le document issu de la conférence de Pékin en 1995, on constate que ce texte contient nombre de remarques qui concernent deux volets. Le premier a trait aux femmes dans les médias, et le deuxième est relatif à la femme journaliste.

Selon ce document, « les réalisations enregistrées dans le domaine des technologies de l’information ont facilité l’édification d’un réseau de communication international qui influence les politiques générales, les positions et les attitudes, en particulier ceux des jeunes ». Le nombre de femmes oeuvrant dans le domaine de la communication s’est accru, la preuve étant que plusieurs de ces femmes ont pu occuper des postes de décisions. Ce document indique en outre que dans la majorité des pays, les médias ne dressent pas « une image équilibrée sur la diversité du mode de vie des femmes et leur contribution dans la société ».

Parmi les objectifs stratégiques définis par la conférence de Pékin, je tiens à souligner les points suivants :

- Hausse de la participation de la femme et augmentation de leurs chances de s’exprimer et de prendre des décisions dans les médias et l’amélioration de la situation des femmes travaillant dans les médias.
- Encourager à produire une image équilibrée et non stéréotypée de la femme dans les médias.

Où en sommes nous aujourd’hui de ces recommandations ? En particulier celles ayant trait à la situation des femmes travaillant dans les médias, au niveau de leur participation dans la prise de décisions et à leur accès au monde journalistique ?

Je pars de l’hypothèse suivante : il serait exagéré d’affirmer que la situation des femmes journalistes au Maroc est restée la même que durant les années 90, comme il serait exagéré de dire que cette situation s’est développée. Or le chemin est encore long et les problèmes des femmes sont nombreux, même si ils ont pris des formes et des aspects différents.

Au niveau quantitatif,

Le corps journalistique au Maroc , est constitué de 1782 titulaires de cartes de presse, dont 1372 journalistes professionnels, 179 stagiaires, 179 techniciens et 156 photographes, selon les données du ministère de la Communication de l’année 2004.
802 journalistes travaillent dans la presse écrite, soit un pourcentage de 45 %, dont 11.67 % dans l’agence Maghreb Arabe Presse, tandis que 39,74 % travaillent dans les médias audiovisuels. 0,56 % travaillent dans la presse électronique alors que 2,13 % travaillent comme journalistes freelance.

S’agissant de la comparaison entre la répartition des journalistes par sexe, il s’avère que le nombre des femmes journalistes professionnelles ne dépasse pas 390, contre 982 journalistes masculins, et 63 femmes stagiaires contre 116 stagiaires masculins, 14 techniciennes contre 65 techniciens, 11 photographes femelles contre 145 photographes males, soit 468 femmes titulaires de cartes de presse contre 1314 hommes titulaires de cartes de presse. En conclusion, le tiers des journalistes au Maroc sont des femmes.

Sachant que les titulaires de cartes de presse ne travaillent pas tous dans les médias, ces chiffres revêtent alors une valeur relative.
En 1987, le nombre des journalistes femmes ne dépassait pas 53 contre 481 journalistes males.

Du point de vue des chiffres, on trouve que le nombre des journalistes femmes a augmenté de manière significative, toutefois « la féminisation » du journalisme n’est pas encore d’actualité au Maroc. En effet, il y a des indices faisant état de la possibilité de voir le nombre des journalistes femmes réduire. Or devant les nombreux problèmes affrontés par les journalistes femmes, plusieurs d’entre elles préfèrent travailler dans d’autres secteurs, comme la communication et les institutions ayant trait au champ médiatique. En outre, les médias audiovisuels attirent un grand nombre de journalistes femmes. Plusieurs d’entre elles, ne travaillent pas dans la rédaction mais plutôt dans des professions liées à cette dérnière.

Concernant les données relatives à la présence de journalistes femmes dans les postes de décision au sein du syndicat, on compte 9 journalistes femmes au sein du conseil administratif d’un total de 73, alors que le bureau national ne compte que deux femmes d’un total de 17 membres. A signaler que nous avons mené une véritable bataille peu avant la tenue de la dernière conférence pour que les confrères et les consœurs acceptent non pas la logique du quotta mais plutôt pour encourager les journalistes femmes à se porter candidates.

Parmi les prétextes exprimés dans ce contexte, le fait de dire qu’il n’est pas possible d’encourager les femmes à atteindre des postes de prise de décisions juste parce qu’elles sont des femmes et qu’il n’est pas possible d’encourager la médiocrité. Une phrase que j’ai entendu de nombreuses fois et qui n’a jamais été adressée à un homme. La question de la compétence qui constitue un des points principaux sur lesquels portera mon intervention.

En consultant les chiffres, nous pouvons constater que la présence de la femme aux postes de responsabilité au sein d’organisation syndicale, demeure, très limitée même faible au niveau quantitatif. Cette donne nous invite à nous poser plusieurs questions sur la situation des femmes journalistes au Maroc et sur leur relation avec l’action syndicale.

Situation des femmes journalistes au Maroc :

Au départ, il est primordial de relever que la situation des femmes journalistes au Maroc se caractérise par une double donne.
D’une part, Elles partagent les mêmes conditions que leurs homologues hommes (problèmes, entraves, etc) et d’autre part, elles travaillent dans des conditions liées à leurs états de femmes qui vivent dans une société ayant une vision négative envers les femmes, faite de préjugés et ne disposant pas d’infrastructures qui lui permet d’intégrer une structure moderne.

De ce fait, la femme journaliste se trouve face à une situation qui l’oblige de s’affronter sur plusieurs fronts et prouver sa compétence, non comme c’est le cas pour les hommes, mais elle doit fournir d’amples efforts afin de changer la vision de la société envers elle.
Je ne vais pas m’attarder sur les acquis auxquels la femme a pu aboutir, car nous avons beaucoup réalisé et la situation actuelle, comme je viens de le signaler, est beaucoup meilleure, mais plusieurs problèmes persistent encore.

Notre rencontre porte principalement sur les aspects de défaillance qui entravent la réalisation du progrès escompté et non l’exposition des aspects positifs.

Situation juridique et salariale

Au niveau juridique, la situation de la femme journaliste est semblable à celle de son collègue homme, car la constitution et le code du Travail garantissent l’égalité entre les deux sexes.

La nature de la femme, comme étant l’être qui met des enfants au monde, dicte un traitement à part, et crée une problématique au sujet des congés relatifs à l’accouchement lors duquel son salaire est amputé.
La discrimination salariale est dépassée dans le secteur de l’audiovisuel et l’agence Maghreb Arabe Presse (MAP) vu que les journalistes, dans ces institutions, répondent aux prédispositions de la fonction publique.

Dans le secteur privé, et avec l’absence d’une convention collective qui détermine les salaires des journalistes selon des critères précis et la non application de la loi dans plusieurs établissements, les salaires sont tributaires du seul directeur ou rédacteur en chef.
Cette réalité influe, à mon sens, sur les salaires des femmes considérées comme ayant des charges moins importantes que les hommes qui doivent de répondre à leurs devoirs de familles. Les femmes et à cause de leur éducation ne peuvent pas négocier leurs salaires.

Nous estimons que cette problématique, aussi limitée qu’elle peut être, sera totalement dépassée par la convention collective, qui a vu le jour grâce aux efforts du syndicat national de la presse marocaine (SNMP).
Cette convention, qui devait être signé le 2 novembre 2005 avec la Fédération marocaine des éditeurs des journaux (FMEJ), définit les droits et les devoirs de toutes les parties, professionnels et éditeurs, hommes et femmes.

- Occuper des postes de décision

Hormis le fait que le nombre des femmes journalistes constitue le tiers du nombre total des journalistes professionnels au Maroc, celui de celles qui ont pu accéder à un poste de responsabilité demeure très limité vue leur nombre général, ou encore les efforts déployés pour améliorer leur situation.

Au sein de toutes les institutions, les postes de responsabilité sont attribués non selon des critères clairs et précis basés sur la concertation et la compétence. L’attribution de ces postes est, généralement tributaire des esprits des responsables qui sont souvent des hommes.
Nous visons nullement à douter de la capacité des collègues, hommes et femmes, qui occupent actuellement des postes de responsabilité, toutefois, nous aspirons à examiner la manière avec laquelle les nominations à ces postes se décident et doivent normalement répondre au seul critère de la transparence.

Les préjugés envers les Femmes font qu’elles n’accèdent pas aux responsabilité hormis leurs expériences professionnelles.

Le syndicat national de la presse marocaine (SNMP) s’est battu avec hargne afin de prendre en considération ces critères dans l’élaboration de la convention collective. Chose qui garantira un climat sein dans les organes de presse, consacrera l’égalité des chances et permettra à chacun d’occuper le poste qu’il mérite.

- La compétence

A plusieurs occasions, les femmes journalistes ont été proposées pour occuper un poste de responsabilité ou encore pour présenter leurs tribunes ou le syndicat au sein d’un congrès, d’une conférence, mais, malheureusement, à ce moment là, il y a la question de la compétence qui émerge. Question qui n’apparaît pas si la personne concernée était un homme.
Ainsi donc, nous nous trouvons en face d’une équation femme/compétence.
Le milieu des médias était appelé à délaisser ce type de réflexion, depuis long temps, pour ne prendre en considération que la compétence, qu’il s’agisse d’une femme ou bien d’un homme. A partir de cette réalité la représentativité de l’Institution (syndicat ou organe de presse) se fera uniquement à partir de la carrière professionnelle.
Nous pouvons également nous respecter mutuellement et ouvrir le champ devant chacun pour prouver et améliorer sa compétence. La meilleure expérience demeure, sans doute, celle du travail sur le tas.

J’estime que ce genre de questions et de pensées est un indice clair qui renvoie aux préjugés vis-à-vis de la femme et une discrimination à son égard qui consacre son infériorité. En fait, il lie entre la femme et l’incompétence, pis encore, il est considéré comme étant une cause majeure qui pousse la femme à fournir des efforts surhumains pour prouver sa compétence et faire face à ces préjugés.

- Ecartées des questions politiques

Revenant sur les préjugés et les stéréotypes vis-à-vis des femmes, nous trouvons trouve que nombre de responsables tendent à limiter les femmes journalistes dans un registre restreint de sujets et de questions. Or une fois qu’une femme entame sa carrière de journaliste, elle est orientée vers des sujets relatifs à la famille et à la société et écartée des sujets politiques. Ce qui est encore plus grave est que plusieurs d’entre elles acceptent cet état de fait qui leur est imposé.

Je me rappelle de brides d’une conversation entre le rédacteur en chef d’un quotidien marocain réputé et une nouvelle journaliste de ce journal, qui en réponse à une question du rédacteur en chef sur le domaine dans lequel elle voudrait travailler, a répondu: Le volet politique. Et lui de répondre en toute simplicité: il vaudrait mieux que tu t’intéresse aux questions sociales, à celles touchant les femmes ou les enfants, et pourqoui pas à celle relative à la page médecin ?!

J’avais participé à la couverture des travaux d’un forum arabe de l’enfance à Rabat. J’étais parmi 25 journalistes femmes qui ont été chargées de couvrir cet événement, outre cinq journalistes hommes. Mais quand il s’agissait du congrès de l’Union socialiste des Forces Populaires (USFP), alors en pouvoir, j’étais parmi les cinq femmes journalistes en charge de la couverture contre plus de 26 journalistes hommes.
La femme est présente dans les questions touchant la famille, la femme et l’enfance ainsi que les questions à caractère social qui doivent être traitées « de manière tendre et sans susciter de problèmes au sein de la société», comme l’a dit un jour un des rédacteurs en chef.

Par contre, la femme est écartée de tout ce qui a trait à la politique et à l’économie, qui représentent le cœur de la plupart des quotidiens nationaux, outre le fait qu’ils influencent la prise de décisions au Maroc et l’avenir du journaliste au sein de son organe de presse et même au-delà.

En dépit de toutes ces entraves, de nombreuses journalistes marocaines ont pu s’exprimer dans les différents champs d’écriture et ont même surpassé plusieurs journalistes hommes qui nourrissent toujours des préjugés à l’égard des femmes.

De la marginalisation à la logique du quota..

En évoquant la compétence, cela me pousse à traiter de la nouvelle logique qui commence à sévir et qui nous a transporté de la réalité de la marginalisation de la femme, notamment celle des médias, à la logique du quota et de la représentativité.

Si les femmes des médias ont, auparavant, beaucoup souffert, et n’ont pu sauf quelques-unes, bénéficier des opportunités de formation et de représentativité de leur établissement dans des congrès et conférences internationales et autres rencontres, et partant arriver au centre de décision, la logique du quota et la représentativité féminine ont permis à nombre de femmes des médias de bénéficier d’opportunités de formation et de participation à d’importants forums internationaux.

Cependant, on s’est contenté à un grand degré, de cette représentativité limitée, voire obligatoire : le nombre de femmes y est resté ainsi limité sans la transcender à une sorte de présence significative dans d’autres cas.

L’adoption par l’ensemble des institutions et organisations internationales de la logique du quota et de la représentativité féminine en tant que moyens d’appui et de soutien à la présence de la femme dans les différentes activités et même aux centres de décision, n’est pas un objectif en soi, mais demeure seulement une simple mesure pour la promotion de la culture de participation et d’égalité des chances pour tous.
Je pense que le maintien de la représentativité des femmes quand cela est imposé de l’extérieur de l’établissement ou quand il s’agit d’un sujet ayant trait à la femme, représente un nouveau genre de différenciation qui ne pourra pas servir la cause que nous devons tous défendre, surtout qu’il s’agit d’une différenciation positive et transitoire que si nous y renonçons, nous craignons de renoncer aux acquis réalisés.

Le harcèlement sexuel…

Au cours de leur travail, plusieurs journalistes endurent le harcèlement sexuel aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’établissement médiatique où elles exercent.

Outre leurs souffrances dues aux styles d’harcèlement direct, il en existe d’autres basés sur les sous-entendus, les allusions et les insinuations de manière à porter atteinte à la dignité de la femme en général.

Il est étrange que les journalistes qui disposent d’une sorte de pouvoir ou d’autorité ne mettent pas à nu ces comportements, pour des raisons, à mon avis, relatives à la nature de la société qui leur imputera une part de la responsabilité dans ce qui est arrivé.
La société peut même aller très loin dans l’invention des histoires et des rumeurs dénuées de tout fondement, avec tous les gros problèmes familiaux que cela peut engendrer, notamment avec l’époux, le père ou le frère, outre la difficulté de prouver ces agissements.

Lors de la réalisation de l’une des études qui s’est convertie en raison de nombre de difficultés, en une recherche abrégée et concise, j’ai fait face à plusieurs difficultés pour remplir les questionnaires y afférents, étant donné la discrétion, voire le mutisme qui entoure ce sujet. Mêmes celles qui ont accepté de parler en général, sont revenues sur cette idée lorsqu’elles ont su qu’il s’agit d’une recherche. De même, mon suivi de ce qui se publie sur les colonnes de la presse quotidienne sur le harcèlement sexuel a démontré le faible intérêt accordé à ce sujet, malgré son importance et sa gravité.

Le harcèlement ne se limite pas à son aspect sexuel direct, mais peut se lier également au harcèlement psychologique qui hante la journaliste et la contraint à quitter son emploi, comme c’était le cas avec l’une de mes consoeurs, il y a un an et demi…

Cette situation, doit nous pousser à entamer un ensemble d’activités telle que mener une campagne d’information, appeler les établissements à adopter une structure architecturale transparente, évoquer la faible solidarité au sein du paysage médiatique…

Les infrastructures…

Face à une quasi-absence des infrastructures de base nécessaires à la vie moderne dans une société qui a abandonné la structure traditionnelle de la famille marocaine caractérisée par sa grandeur, en la substituant à une autre structure nucléaire où seuls le père et la mère se chargent des affaires de leurs enfants, le problème de la prise en charge des enfants se pose, surtout que la mentalité et le mode des relations au sein de la famille n’ont pas accompagnés suffisamment cette mutation. S’occuper du foyer et des enfants est demeuré essentiellement une affaire d’ordre féminin.

Si l’homme y contribue à un quelconque degré, il le fait à partir d’une idée selon laquelle il est un époux collaborateur et compréhensif et non pas en tant que l’un de ses devoirs.

Les infrastructures ne sont pas encore disponibles de façon suffisante et ses coûts sont très onéreux lorsqu’elles sont à la portée (crèches, éducatrices spécialisées, maisons de loisirs réservées aux enfants). Cela rend souvent les journalistes mariées, notamment les mères de familles, divisées entre les engagements professionnels et ceux d’ordre familial.

Et étant donné les conditions du travail journalistique qui exige de longues heures d’activités, souvent même pendant la nuit, la situation de la journaliste devient difficile et elle demeure divisée entre plusieurs responsabilités qui ne lui laissent pas le temps nécessaire ni pour s’intéresser à elle-même ni pour travailler sur sa formation continue. Pis encore, cette situation peut influer sur plusieurs d’entre-elles en devenant des journalistes presque fonctionnaires.

Les relations publiques..

Au Maroc, la femme journaliste travaille dans le cadre d’une loi qui n’accorde pas aux journalistes le droit à l’information même si elle le reconnaît, et d’une réalité qui dévoile une attitude étrange et une grande discrétion vis-à-vis de l’information, à même de rendre l’ensemble des informations possibles des secrets d’Etat.

A la lumière de cette réalité, règne la logique des relations publiques et du clientélisme aussi bien au niveau de la recherche et de la présentation des infos que des entretiens ou autres, de façon à rendre plus compliquée la situation pour les femmes journalistes, étant donné que l’ensemble des affaires se déroulent lors de rencontres privées.

Cette logique du clientélisme, des intérêts et des relations privées rend les choses plus difficiles pour les femmes journalistes par rapport à leurs confrères masculins qui réussissent à tisser des relations plus libres avec des responsables. Ils ne sont pas perturbés de se voir avec un responsable dans un restaurant, café ou bar, au moment où plusieurs rumeurs peuvent se tisser autour de la femme journaliste, si elle réussit seulement à avoir deux scoops ou plus de la même personne.

La déontologie de la profession..

Le suivi des violations qui touchent la déontologie de la profession et la liberté de l’expression dévoile «un comportement spécial» vis-à-vis de la femme et une grande atteinte à sa dignité, son honneur et à sa réputation.

Lorsque nous suivons les violations qui ont touché des consoeurs dans la profession, nous nous rendons compte de l’ampleur des angoisses que vivent les femmes journalistes au sein d’une société conservatrice et d’une famille pour laquelle elles s’inquiètent.

Plusieurs supports médiatiques ont été moyens d’insultes, d’injures et d’offenses de nombre de journalistes d’une manière permettant l’amalgame entre leur profession et leur vie privée, à même de porter atteinte à leur honneur et à leur sexualité féminine.

La commission de déontologie de la profession relevant du Syndicat national de la presse professionnelle a reçu plusieurs plaintes de journalistes suite à la publication d’articles qui ont porté atteinte à leur honneur de manière abjecte en mélangeant leur travail et leur vie privée qui devient sur la langue de tous. Parfois même, on tente d’«épicer» ces faits par des informations et des données dénudées de tout fondement pour lui porter atteinte de façon plus vile.

A titre d’exemple, le syndicat national de la presse marocaine a reçu une plainte d’une journaliste atteinte dans son honneur via un article qui a tenté de critiquer son rendement en tant que femme dans ses aspects féminin et sexuel.

Voici par ailleurs un extrait de cet article : «la scène était en effet surréaliste et (le nom de la journaliste avec un léger changement) inspirait le tableau d’une femme qui a manqué le train de la vie et tente vainement de faire usage de ses ultimes armes pour pêcher la dernière opportunité masculine existante sur la terre», sachant que cette femme est mariée et mère, ce qui laisse le champ ouvert pour se demander sur le genre d’offenses qui auraient été utilisées si elle n’était pas mariée.

Même chose pour une autre journaliste, cette fois avec un politicien. Critiquant son passé politique, ce dernier l’a décrit sur les colonnes du journal qu’il dirige, ainsi que sa mère par les descriptions et les dénominations les plus abjectes et les plus immorales qui soient, et offensé leurs dignité et leur aspect sexuel. S’ajoutent à ceci les allusions récurrentes à d’autres faits qui n’ont aucun rapport avec le travail professionnel et à l’existence de relations privées liant une quelconque journaliste au directeur de l’établissement où elle exerce ou à une autre personne.
Loin même des journaux, nous trouvons ce genre de rumeurs sévir avec force au sein des établissements médiatiques. De même, on impute très souvent l’émergence d’une journaliste dans un domaine précis ou sa réussite dans une mission à une relation avec le directeur ou le responsable ou autre personne.

Il est sûr que cette attitude « spéciale» vis-à-vis de la femme en matière d’atteinte à la déontologie de la profession de la presse dévoile, dans une grande partie, une structure mentale d’une société qui reste toujours liée à la vision méthodique et traditionnelle de la femme, vision pleine de stéréotypes et de préjugés arriérés, et qui puise dans la mentalité régnante qui, souvent, attaque une femme dans son corps et son honneur loin de sa compétence qui, toujours, fait face à une indifférence et à un refus volontaire de la reconnaître.

Cette situation nous met devant un problème complexe. Son premier aspect concerne la réparation des violations portant atteinte à la déontologie de la presse et les moyens d’y faire face, vu l’absence de valeurs éthiques ayant trait à la crédibilité et à l’honnêteté intellectuelle chez plusieurs journalistes.

Quant au second, il se base sur les idées arriérées qui portent atteinte à la dignité de la femme qui devient matière fertile pour nombre de journaux aussi bien en ce qui concerne son offense ou l’exploitation de son corps dans l’excitation, le sexe, les affaires de mœurs et dans d’autres sujets. Ceci nous met devant le problème de l’image de la femme dans les médias et essentiellement le rôle de la femme journaliste dans la production de cette image, qui, souvent, contribue à sa production ou en soit témoin sans qu’elle ne puisse intervenir pour entraver sa publication.

Fournir la protection..

Les femmes journalistes ne disposent d’aucune protection en cours de leur travail, et c’est rare lorsque l’établissement où elles exercent leur accorde ou leur assure des moyens de protection ou de défense, de même qu’il ne la soutient pas dans les problèmes auxquels elle est confrontée, liés en grande partie à leur travail.

Voici la situation en général : où se situent donc les femmes journalistes ? Quel est le rôle qu’elles assument pour développer leur situation ? Est-ce qu’elles sont conscientes que l’action syndicale constitue une locomotive essentielle pour l’évolution de leur situation ?
Il est sûr, c’est que les femmes des médias marocaines ont déployé et ne cessent de déployer de grands efforts pour développer les médias d’une part et leur situation d’autre part, et s’impliquer dans l’action syndicale.

La longue liste des femmes membres du syndicat national de la presse marocaine témoigne de la prise de conscience chez les journalistes et les femmes des médias de l’importance de l’action syndicale.

Cependant, ces efforts exigent plus de travail et d’assiduité, car l’implication active des femmes dans l’action syndicale reste limitée par rapport à celle des hommes, au taux de présence de la femme dans cette profession ou à l’importance des défis que nous devons tous relever.
En tant que femmes journalistes, nous manquons d’audace pour aplanir ces obstacles, et essentiellement ceux liés à la mentalité de la société, qui constitue pour plusieurs femmes journalistes, un facteur qui les empêche de relever le challenge et d’apparaître au devant de la scène.
Nous sommes responsables de l’existence de cette image sombre à notre propos, car nous sommes souvent sur la même ligne avec les thèses masculines. Ceci est manifeste chez quelques unes de nos consoeurs qui sont arrivées au centre de décision en traitant les femmes des médias avec une logique masculine, comme si elles se déculpabilisaient des précédentes accusations.

Notre pratique de la violence les unes à l’égard des autres à travers le manque de soutien des femmes des médias victimes de campagnes de dénigrement, de discrimination et de harcèlement sexuel, et la participation avec fermeté de quelques unes de nos consoeurs à ces campagnes, rend beaucoup de gens aujourd’hui brandir le slogan selon lequel «il n’y a pas de plus violent à l’égard de la femme que la femme elle-même».
Si plusieurs études ont prouvé que l’image de la femme est négative dans les médias, celles qui ont traité de la personne productrice de la matière objet d’étude, ont démontré que toutes les productrices de cette image sont des femmes, ce qui nous pousse à nous interroger sur la raison pour laquelle la femme est en phase avec ces thèses, et si cette question n’est pas liée à des pressions exercées à l’intérieur des salles de rédaction, à l’attitude négative de certaines femmes des médias productrices de cette image ou à l’absence de prise de conscience de sa gravité.

Avant de conclure, je voudrais vous faire partager une chose que j’ai apprise de la réalité de cette expérience, c’est que l’action syndicale représente une école et un test essentiel pour la personnalité de l’être humain, (homme ou femme) de ses capacités et compétences.
Si l’action syndicale fait mûrir notre personnalité et nous impulse plus de confiance en soi et de capacité à défendre des principes et des positions, elle nous permet également de prendre conscience de plusieurs questions se rapportant directement ou indirectement à la profession.

Je crois que l’augmentation du taux d’adhésion à l’action syndicale, constitue aujourd’hui l’un des challenges auxquels nous sommes tous confrontés en général et essentiellement les femmes, étant donné que nous avons besoin de plus de force et de capacité à défendre nos droits, soit par voie pacifique ou par la force, le cas échéant.


Ce rapport a été réalisé avec le soutien financier de l'Union européenne. Les vues exprimées ici sont celles de l'auteur et ne représentent pas la position officielle de la Commission européenne.