Contre le déni de justice et les assassinats qui hantent le monde démocratique

© FIJ

Des Groupes de liberté de la presse protestent contre l'impunité dans les meurtres de travailleurs des médias - Bruxelles, février 2006

La Fédération internationale des journalistes a appelé aujourd’hui les Nations Unies ainsi que le gouvernement des États-Unis à mener une nouvelle campagne contre l’impunité entourant les assassinats de journalistes et de travailleurs des médias.


La FIJ a érigé le 8 avril au rang de journée internationale de protestation contre l’injustice qui a laissé impunis des centaines de cas de meurtre et d’assassinat de travailleurs des médias au cours des dernières années. Les syndicats affiliés à la FIJ s’insurgent en particulier à propos des spéculations selon lesquelles des journalistes auraient été délibérément visés en Irak, où une vingtaine de travailleurs des médias sont morts des mains de soldats américains sans que leur décès n’ait été expliqué.


« Quand la plus grande démocratie du monde est incapable de remplir ses obligations de rendre justice et d’assurer un traitement équitable aux victimes d’actes de violence commis par ses propres soldats, elle jette une ombre sur la liberté de la presse et la lutte pour les droits de l’homme partout sur la planète » déclare Aidan White, Secrétaire général de la FIJ.


La FIJ et ses membres ont envoyé à leurs gouvernements respectifs et au gouvernement américain une lettre de protestation invitant les États-Unis à diligenter une enquête exhaustive sur tous les cas où des journalistes ont été tués par des soldats américains.


Le 8 avril marque le troisième anniversaire de l’attaque par les troupes américaines de l’hôtel Palestine de Bagdad, qui hébergeait de nombreux journalistes et travailleurs des médias au moment de l’invasion de l’Irak. Deux journalistes furent tués et de nombreux autres blessés. Le même matin, un journaliste fut tué lors de l’attaque des bureaux de Bagdad de la chaîne d’information par satellite Al-Jazira par l’aviation américaine.


Cette année, la FIJ attire également l’attention sur les autres cas d’impunité, notamment dans le cas de l’Ukraine, où Georgy Gongadze, un journaliste d’investigation fut enlevé et décapité par des tueurs sans doute liés au régime de l’ancien président Leonid Koutchma, de l’Amérique latine, où quelque 300 travailleurs des médias ont été assassinés ces dernières années - quelques-uns de ces cas faisant l’objet d’une enquête satisfaisante -, ou encore des Philippines, qui sont, après l’Irak, le pays le plus dangereux du monde pour les journalistes.


« Aucune de ces attaques n’a fait l’objet d’une enquête indépendante, et les décès n’ont pas été expliqués de manière satisfaisante aux familles des victimes, à leurs amis et à leurs collègues », ajoute Aidan White.


La FIJ estime que, trois ans après l’invasion de l’Irak, les journalistes et les travailleurs des médias paient encore un lourd tribut à la guerre, en particulier les journalistes irakiens eux-mêmes, qui se sont joints à l’action d’aujourd’hui. La FIJ accuse les États-Unis de « blanchir » les assassins des journalistes; dans de nombreux cas, il n’y a même pas d’enquête du tout.


« Les rapports fournis suivent tous la même logique peu convaincante, celle du secret sur les détails et la nature du rapport, l’absence d’examen des preuves, les haussements d’épaules dérisoires et cruellement insensibles et l’exonération complète de responsabilité du personnel militaire américain à tous les niveaux de commandement, poursuit Aidan White. Au-delà du manque de crédibilité, cela constitue un déni de justice d’une ampleur choquante. »


La FIJ déclare que le 8 avril symbolise le problème de l’impunité entourant les nombreux décès de journalistes délibérément assassinés chaque année, dont très peu font l’objet d’une enquête sérieuse et bien moins encore d’un procès pour les responsables. L’année dernière, la FIJ a enregistré la mort de 150 travailleurs des médias, dont 89 dans l’exercice de leur profession.


« Un grand nombre des journalistes qui meurent chaque année sont tués par des extrémistes sanguinaires avec lesquels il est impossible de conclure un pacte moral. Nous condamnons sans réserve ces attaques et ceux qui se cachent derrière la vague actuelle de prises d’otages qui a vu l’enlèvement de notre consœur Jill Carroll du Christian Science Monitor et de deux journalistes irakiens, Rim Zeid et Marwan Khazaal de Sumariya TV. Nous militerons sans relâche pour leur libération et pour la découverte, l’arrestation et la condamnation de tous les responsables d’assassinats et d’enlèvements de journalistes » assure Aidan White.


Mais en même temps, la FIJ ajoute que la communauté internationale doit défendre les traditions de liberté et de justice en entendant les préoccupations des journalistes aux quatre coins du monde.


« Nous demandons une réponse rapide et convaincante aux questions posées par chaque cas d’impunité pour l’assassinat d’un journaliste, conclut Aidan White. Les Nations unies doivent en faire plus pour mettre un terme aux attaques ciblées contre les journalistes et travailleurs des médias et faire en sorte que tous les gouvernements remplissent leurs obligations de protection des journalistes quand ils exercent une activité professionnelle légitime. »