Le crime d'Assange? Dénoncer les atrocités des autres

Voici le discours du Secrétaire général de la FIJ, Anthony Bellanger, délivré au Conseil de l'Europe le 27 janvier 2020 à Strasbourg (France).

Le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, était au coeur d'un événement ce lundi 27 janvier au Conseil de l'Europe à Strasbourg. Andrej Hunko, député européen allemand, y a convié notamment le Secrétaire général de la FIJ, Anthony Bellanger, John Shipton, le père de Julian Assange, et Nils Melzer, rapporteur spécial des Nations unies sur la torture.

Voici le discours intégral du Secrétaire général de la FIJ : 

"Au nom de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), première organisation mondiale de la profession avec 600.000 adhérents répartis dans 146 pays, je tiens à remercier sincèrement le député européen Andrej Hunko pour l'organisation de cet événement autour de l'extradition (probable malheureusement) de Julian Assange.

Fondateur et ancien rédacteur en chef de Wikileaks, Julian Assange est membre de la MEAA, la Media Entertainment and Arts Alliance, l'affiliée de la FIJ en Australie. Et en tant que membre de la MEAA, il est par extension adhérent de la FIJ et même le détenteur de notre Carte de presse internationale (CPI).

Mais Julian Assange est encore et toujours l’homme à abattre. La remarquable enquête publiée dimanche soir (26 janvier) par mes confrères de Mediapart est à ce point éclairante : Julian Assange est devenu l’ennemi public numéro 1 des Etats-Unis, du président Donald Trump en particulier. Grâce à la complicité du PDG de l’entreprise UC Global, chargée de la sécurité de l’ambassade d’Equateur à Londres, Mediapart explique que Trump et ses services ont espionné les moindres faits et gestes de Julian Assange au sein de l’ambassade, ainsi que ceux de ses proches, de sa famille et de ses défenseurs. Un dispositif de surveillance digne d’un film d’espionnage avec notamment le placement très couteux de microphones lasers, un dispositif permettant d’écouter une conversation à travers une fenêtre, grâce au laser mesurant les vibrations de la vitre ! Nous sommes quasiment dans le dernier James Bond ! 

Mais le PDG de UC Global ne s’est pas arrêté là. Il photographiait puis expédiait toutes les informations concernant les visiteurs de Julian Assange : il a extrait les données personnelles des téléphones portables laissés à l’entrée, a copié les courriers électroniques, les échanges SMS, mais aussi les numéros d’identification des téléphones, permettant leur surveillance et leur piratage à distance. 

Le tout était envoyé bien entendu aux services américains, qui rémunéraient grassement le dirigeant de la société.

Parmi ces visiteurs espionnés, on retrouve la journaliste Sarah Harrison, proche collaboratrice de Julian Assange, Jennifer Robinson, son avocate anglaise, Baltasar Garzon, son avocat espagnol, ou encore Renata Avila, militante guatémaltèque et membre de son équipe de défense.

Du côté de la FIJ et de ses affiliés, la mobilisation n’a jamais faibli depuis notre dernière intervention en novembre à Bruxelles, au Parlement européen, en, compagnie de John Shipton, le père de Julian, et de Nils Melzer, le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture.

Après avoir reçu le rédacteur en chef de Wikileaks, Kristinn Hrafnsson, lors de notre congrès mondial à Tunis, nous sommes en discussion avec la Commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe (CoE), Dunja Mijatovic, afin de vérifier avec elle si l'arrestation de Julian Assange et sa détention sont bien conformes aux critères de la Convention européenne des Droits de l'Homme.

Avec la Fédération européenne des journalistes (FEJ), nous avons publié une alerte sur la Plateforme pour renforcer la protection du journalisme et la sécurité des journalistes du CoE. Nous y dénonçons là encore les conditions de détention arbitraires et scandaleuses de Julian Assange en nous appuyant évidemment sur le rapport de Nils Melzer, qui l'a visité en mai 2019 dans sa cellule.

Bien évidemment, le Royaume Uni n’a pas répondu à la Secrétaire générale du Conseil de l'Europe, qui a saisi le gouvernement anglais juste après la publication de cette alerte. 

Et mercredi, toujours en compagnie de John Shipton, je participerai au nom de la FIJ à deux grands événements à Bruxelles consacrés à Julian Assange et aux lanceurs d’alerte Chelsea Manning et Edward Snowden entre autres.

Nous osons espérer que toute cette mobilisation porte ses fruits, notamment en raison de la dégradation de l’état de santé de Julian Assange : la semaine dernière, l’administration pénitentiaire anglaise a accepté de le sortir du quartier d’isolement où il était emprisonné depuis avril 2019 et de le transférer dans une aile où il peut fréquenter d’autres détenus. Un membre de Wikileaks m'a appris ce matin que ses codétenus de la prison se sont aussi mobilisés pour lui, car ils ne comprenaient pas le régime d’exception qui lui était infligé !

Mais il est plus probable que cette décision soudaine de l'administration pénitentiaire soit liée aux auditions qui commencent le 24 février prochain. Mieux vaut interroger un homme dans un état de santé convenable...

Tout n’est donc pas terminé car nous sommes très inquiets de l’issue de ces auditions de février et de mai, qui devraient déboucher sur une probable extradition, compte tenu des accointances politiques entre le Président américain et le Premier ministre anglais. 

Enfin, l'actuel rédacteur en chef de Wikileaks, Kristinn Hrafnsson, nous a indiqué il y a quelques jours que la justice américaine avait versé un nouveau document au dossier de Julian Assange. Cette pièce précise que les non citoyens américains ne peuvent bénéficier du premier amendement de la Constitution américaine, qui protège la liberté d’expression et la liberté de la presse !

Tout est dit.

La FIJ rappelle à chaque fois qu’elle en a l’occasion, ici encore au Conseil de l'Europe à Strasbourg : « Le journalisme n’est pas un crime. Il faut libérer Julian Assange ».

Son seul crime a été de dénoncer les malversations et les atrocités des autres ! Des atrocités commises notamment en Irak et en Afghanistan par l’armée américaine.

La FIJ poursuit sa mission internationale et se tient à la disposition de vous tous, parlementaires européens, rapporteurs spéciaux des Nations unies, militants des droits de l'Homme et de la liberté d’expression, pour poursuivre ce combat essentiel pour la démocratie.

Merci de votre attention. /AB »